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Writober Jours 16 à 18

16. Sauvage

 

On m’a déjà traité d’animal. Cinq minutes après m’avoir dit que j’étais contre-nature.

Les gens ont du mal à se mettre d’accord, même dans leur tête.

D’ailleurs ils ne comprennent même pas ce que je suis. Seulement que je ne fais pas partie de leur système. Parfois j’ai envie d’argumenter, de leur montrer que je fais bien partie de la société, que je suis poli, éduqué, civilisé, que je demande la permission avant de toucher les gens, que je ne suis pas un meurtrier, un pervers, un sauvage.

Non, correction, le dernier terme ne va pas.

Je ne vais pas argumenter contre mon côté barbare.

Là, comme je vous parle par la pensée, je suis presque nu, juste habillé d’un short. Face à la mer. Cheveux au vent. Je cours, j’écarte les bras et je hurle.

Je suis un sauvage.

Je le suis tellement bien.

Votre société civilisée, éduquée, binaire, hyper sexualisée mais tellement, tellement conservatrice, je n’en veux pas.

Vous dites que je suis un animal ? Eh bien tant mieux.

Vous dites que je suis contre-nature ? Et pourquoi pas ?

Je suis un sauvage et je vous hurle de toute ma colère et de toute ma joie.

 

17. Ornement

 

C’est très discret.

Juste une broche, une toute petite, payée même pas 50cts. Elle est sous le revers de ton blouson, même pas devant non. Elle est juste au-dessus de la poche intérieure. Tu la sens. C’est un peu idiot, mais elle est juste sur ton cœur.

Elle est de toutes les couleurs.

Un jour ce sera un immense drapeau accroché sur le mur de ta chambre.

Mais pour l’instant ça suffit. Une toute petite broche sur ton cœur.

 

18. Inadapté·e

 

Les cours d’éducation sexuelle sont les pires du monde quand ils ne sont pensés que pour les hétéros.

Aussi les plus dangereux.

En tout cas les plus inadaptés à au moins un ado sur dix.

Ça fait beaucoup non ?

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Writober Jours 14 et 15 – Trop développé et Légende

Writober 2019 (2)

 

14. Trop développé·e

« C’est… surprenant… »

Martine zieute le bureau de sa femme, les tas de copie, et particulièrement un tas de feuilles, pages doubles, petits carreaux. Quatre feuilles doubles petits carreaux, remplies d’une écriture fine et précise.

Par rapport aux autres copies, des pages double aussi, mais avec de grosses écritures, et souvent peu remplies, c’est effectivement surprenant.

« Quel était le thème ? »

Jamila revient s’assoir au bureau, une tasse de café à la main. C’est dimanche matin. Elle veut finir avant de faire la balade dominicale avec le chien.

« Parler d’une figure importante d’après 1950. C’est un projet avec le prof d’histoire. En attendant le bac, pour leur permettre de s’amuser un peu. »

Jamila soupire. Un petit devoir histoire avant les révisions, le second semestre horrible, long, et encore froid. Il faudra mettre un manteau au chien. Le pauvre chihuahua risque de se prendre un rhume à aller pisser sous la pluie.

« Et elle a choisi qui ? »

« Je crois que c’est un il », fait remarquer Jamila.

Elle prend une gorgée de café.

Sur la feuille, juste sous la remarque « un peu trop développé ; 18/20 », un titre souligné en vert.

Marsha. P. Johnson.

 

15. Légende

Il y a le mec qui aurait couché avec la moitié des mecs gays et bi du cortège.

Il y a la drag queen qui aurait marché avec des talons de plus de vingt centimètres sans jamais, jamais tomber.

Il y a la gamine qui a chanté du Lady Gaga a capella et qu’on entendait de l’autre côté du boulevard.

Il y a la maman qui a pris dans ses bras tous les minots virés de chez eux, et même plus.

Il y a le vieux monsieur qui a payé la Prep à tous les jeunes qui en avait besoin.

Il y a la femme qui a discouru pendant vingt minutes, sans note, sans un faux pas, alors qu’elle n’était jamais montée sur scène.

Il y a celui ou celle qui a refusé de se faire contrôler.

Il y a celui ou celle qui a brandi ses pancartes, le visage protégé par un masque et des lunettes de plongée.

Il y a celui ou celle qui a crevé les pneus du char des flics.

Il y a celui ou celle qui a mené une action pour les sans-papiers.

Il y a celui ou celle qui est aller se mesurer aux milices anti-avortement, anti-mariage, anti PMA, anti humains.

Il y a celui ou celle qui a monté des barricades.

Il y a celui ou celle qui a jeté la première pierre.

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Writober Jour 13 – Cendre

13. Cendre

Le monde n’existe plus.

Cela peut paraître inutile de le dire, quand il suffit de regarder autour de soi pour le voir. Le ressentir.

Mais les mots ont encore une force, qu’on les dise ou qu’on les écrive. Alors que plus personne n’écrit et qu’il n’y a plus personne avec qui parler.

Le monde n’existe plus.

Dans les ruines, j’ai retrouvé un cahier et une boîte de crayons de couleur. Je préfère ne pas penser à qui ils appartenaient. Les crayons sont de mauvaise qualité, trop durs, mais j’écris quand même. Un peu tous les jours. Même quand je n’ai pas eu le courage de dormir ni la chance de manger.

Avant, on savait. On savait que le monde était en train de s’écouler. On savait et on hurlait plus fort. Entre ceux qui voulaient garder le système capitaliste mortifère, et ceux qui voulait en changer. Un concours de hurlements.

On n’a pas entendu l’incendie arriver.

Avant, j’étais un écrivain. Un écrivain de science-fiction. C’est con hein ? Du post-apocalyptique, j’en ai écrit. Ça se vendait bien. J’avais même ma petite réputation, de quoi vivoter. Un peu. Payer les opérations.

Et dans les romans, auxquels je pense encore alors que le paysage est gris et froid autour de moi, dans les romans, il s’agit toujours de sauver la race humaine. Et il y a toujours, toujours, un homme en bonne santé, fort mais un peu torturé. Fertile. Et il y a toujours une femme, avec une belle poitrine, maternelle mais pas trop parce qu’il faut rester dans le fantasme hétéro. Fertile elle aussi. Elle ne fera pas de fausse couche, elle n’aura pas de problème de lait, elle saura accoucher dans les cendres et ils reconstruiront le monde, Adam et Eve d’après l’extermination.

Je ris parfois. Et mon rire se répercute sur les arbres morts, sur les ruines des hlm, sur les balançoires tordues, sorties directement d’un film populaire. Je ris à m’en étouffer.

Si un jour je rencontre une femme, et qu’elle ne soit ni une enfant, ni une vieille femme ménopausée, ni stérile, ni victime d’un cancer de l’utérus (ce serait tellement, tellement évident dans cet atmosphère), cela n’ira pas. Parce que je suis un homme transformé.

Et si un jour je rencontre un homme, qui ne soit pas un meurtrier sociopathe (les hommes ont tendance à péter un plomb en situation dramatique, ce sont des choses fragiles), qui soit fort, aimant, fertile. Ça n’ira pas non plus. Parce que je suis d’une époque où pour se transformer l’état obligeait à virer tout l’appareil, tout ce qu’il y a dans mon ventre est parti.

Les plus jeunes comme moi ont eu plus de chances. Mais ils sont morts maintenant.

Tout le monde est mort et je suis le seul homme restant sur terre.

Pourquoi moi ?

J’ai eu des crises de fièvre et de délire. Le manque de mes traitements, puis la faim, la fatigue, la crève.

Je suis pourtant toujours vivant et j’aimerai tant, tant trouver une réponse à mes questions.

Eh oui, moi le grand égoïste, puisque j’étais un égoïste aussi dans l’autre vie, je souhaite reconstruire l’humanité. Parce que je suis incapable de me tuer. Pas après tout ça ! Pas après avoir survécu à tant de choses, avant et après l’incendie.

Il me faut un utérus et il me faut des bourses, puisqu’il faut aller par là. Et je m’en occuperai, je les protégerai, et on fera un monde qui n’a rien à voir avec celui d’avant, avec celui qui a explosé sous nos hurlements.

Et en attendant j’écris.


 

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Writober Jour 12 – Dragon

12. Dragon

Aline vit dans un grand immeuble parisien, où les plafonds sont toujours trop hauts et les parquets toujours trop grinçants. Sans ascenseur mais papa dit qu’heureusement, sinon ils paieraient encore plus cher. Maman, qui s’occupe des courses mais aussi de la poussette de Léonard, n’est pas vraiment d’accord. Mais il est hors de question de déménager, l’école ici est très bien, et le collège privé à deux pas. C’est là qu’Aline va en cours tous les jours.

Aline aime bien son appartement. Elle a une chambre pour elle toute seule, puisque ses deux grands frères partagent la leur, et Léonard dort avec les parents. Sa fenêtre donne sur la cour intérieure, en face elle peut voir une autre chambre, avec une autre petite fille.

Et tout en bas, il y a un minuscule jardin, celui du dragon.

Le dragon, c’est la concierge de l’immeuble, et tout le monde la déteste. Enfin tout le monde en a peur. Bon, juste les enfants.

Elle est énorme (« grosse » dit maman, « et ce n’est pas un défaut ! » Aline est d’accord, mais toutes ses copines disent le contraire), elle a les cheveux violets, des lunettes en plastique jaune, et elle se promène toujours en tablier à carreaux. Dans sa poche il y a toujours des chiffons, une bouteille de désinfectant, et un trousseau à clés. Des passe-partout. Pour lui faire peur, les frères d’Aline lui disait que le dragon pouvait aller dans tous les appartements, surtout ceux des petites filles qui refusaient de partager leurs bonbons.

Bref, le dragon, Aline ne l’aime pas beaucoup.

Et puis un jour, alors qu’elle rentre plus tôt du collège, elle croise Andrew, un de ses voisins, assis sur le trottoir.

Il a les yeux bouffis, rouges, comme s’il avait pleuré.

Andrew est un peu plus vieux qu’elle, mais Aline n’a pas envie de le laisser là tout seul. En plus il doit avoir froid, avec son blouson trop fin. Et il va bientôt pleuvoir. Il ne peut pas rester là.

« Tu as oublié tes clés ? »

Il ne la regarde même pas.

« Je ne peux pas rentrer chez moi. »

Il renifle.

« J’ai plus le droit. »

C’est dur de voir quelqu’un de plus grand pleurer. Aline n’est pas prête.

Le Dragon si.

Il arrive en traînant ses chaussons et les regardent tous les deux, de la tête au pied. Aline serre un peu plus les bretelles de son cartable. Holala, elle va les gronder ! Ils sont assis devant la porte cochère, ils n’ont pas le droit !

« Venez vous deux. »

Andrew et Aline se regardent. La pluie commence à tomber. Alors ils suivent.

La loge du Dragon sent le vieux et la lessive. Les meubles sont en formica et il y a des napperons sur le dos des fauteuils. Et puis il y a des photos, plein de photos.

Pendant que le Dragon leur prépare un chocolat chaud et sort des gâteaux, Aline regarde. Andrew n’ose pas au début, et puis il la suit. Sur la cheminée, sur les étagères, sur le gros buffet. New York, Stockholm, Londres, Paris. Des couleurs partout, plein, tellement ! des hommes, des femmes, et des gens où on ne sait pas trop. Des arcs en ciel.

« Venez manger un peu. »

Aline s’assoit. Elle se sent un peu de trop mais Andrew ne pleure plus.

Le Dragon ne leur demande même pas ce qu’il se passe, elle leur raconte son histoire. Son histoire de Dragon.

Un Dragon arc en ciel.


 

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Writober Jour 11 – Neige

11. Neige

Je collectionne les boules à neige. Cela peut paraître un peu vieux, un peu kitsch. Ça l’est sans doute.

Il y a pourtant un sentiment de paix à observer toutes ces petites boules, alignées sagement sur une étagère, juste au-dessus de mon lit. Elles ne représentent pas des événements particuliers de ma vie. Je ne les ai pas achetées à chaque bonheur ou chaque échec. Pas du tout. Ce sont des cadeaux. Souvent ramenés du bout du monde par des amies ou la famille. Ceux qui voyagent.

Elles ne sont pas des regrets : eux partent et moi je reste ici, clouée sur mon lit.

Non.

Elles sont des fenêtres vers un monde que je ne connaîtrais sans doute jamais.

Dans ma chambre il y a le lit médicalisé, du lino au sol, un peu moche, des meubles moches, des draps moches, des machines moches et en plus bruyantes. Je n’arrive même pas à voir ce qu’il se passe à travers la fenêtre. La lumière me fait trop mal et les rideaux sont souvent tirés.

Mais il y a mes boules à neige. Même quand je suis trop mal pour regarder la télévision, trop mal pour lire, trop mal pour même fermer les yeux, je m’allonge et je les regarde. Parfois je demande à mon infirmière de les poser sur ma tablette, et je les caresse.

New-York, Los Angeles, Rio, Tokyo, Paris, Londres, et ainsi de suite. Je ne les compte même plus.

J’en ai même une avec un drapeau arc-en-ciel à l’intérieur, tenu par un mec torse nu et musclé.

La version lesbienne visiblement n’existait pas.

Je n’ai même pas eu le temps de faire une seule Marche avant de finir dans cette chambre.

Peut-être qu’un jour… On sortira le fauteuil, les appareils portatifs, je mettrai une grosse doudoune, même en juin, et on ira.

Peut-être un jour.

En attendant je regarde mes boules à neige et cela va un peu mieux.


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Writober Jour 9 – Balançoire

9. Balançoire

Tu as toujours aimé les balançoires. Il y en avait une dans le jardin de ta grand-mère, c’est-à-dire une pour toi toute seule. Il n’y avait pas à faire la queue, à attendre que les petits chefs des bacs à sable laissent la place. Tu y allais, tu passais presque l’intégralité de tes étés dessus.

« Tu viens ? Il n’y a personne ! »

L’impression de voler, oui, cet étrange pouvoir.

Et puis le pouvoir de sauter, pour voler vraiment ou pour se tuer. Mais ce sentiment-là est venu un peu plus tard.

« Mais non tu n’es pas ridicule ! Assieds-toi ! »

Il s’agissait de quitter le sol, de laisser tous ses problèmes là-bas, sur terre, et de ne laisser que sa joie s’envoler. D’oublier, pour le temps d’une partie de balançoire. D’aller plus haut, plus haut encore.

« Oui je sais, ça grince, mais non on ne dérange personne, il fait nuit ! »

Au sol il y a l’école, une punition, une poupée cassée. Puis les notes au collège, le harcèlement où tu n’as rien fait pour ton camarade de classe, les peurs devant le miroir le matin. Les boutons, la prise de poids, les révisions du bac.

« Allez, si tu te balances, je te fais une surprise ! On s’en fout que ce soit pour les enfants ! »

Tu t’envoles, tu t’envoles de plus en plus haut.

Les peines de cœurs restent à terre. Ta première note de dissertation à la fac. Ta première petite amie partie dans une autre ville. Un accident de plomberie dans ton studio. Un compte en banque dans le rouge. Ton coming-out à Noël. Noël ? Franchement. Tu es retournée dans un parc, sur une balançoire, pour le Nouvel An. Pour voler, voler.

« Hey, tu veux m’épouser ? »

Ce soir, finalement, tu vas rester au sol.

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Writober Jour 8 – Fragile

8. Fragile

C’est la nouvelle insulte à la mode. Sur les réseaux sociaux – tu es trop vieux pour l’avoir vécu au collège ou au lycée. Mais parfois tu penses aux minots et tu as mal pour eux.

Fragile.

Qu’est-ce qu’il y a de fragile dans la vie ? Dans ta vie ?

Les doutes ? Les pleurs ? Les questionnements ?

Les mensonges à tes parents ? Les fausses excuses dans les vestiaires de sport ? Les petits détournements de la vérité au boulot ?

Qu’est-ce qui est fragile ?

Le jour où tu as mis le pied à ta première Marche, « juste pour voir », « parce que je suis une alliée, là », où tu t’es volontairement mégenré, est-ce que tu étais fragile ?

Le jour où tu y es retourné, tremblant tout le long en espérant que personne, personne ne te reconnaisse, ne te montre du doigt en disant « Eh, tu te déguises en garçon ! C’est dégueulasse ! », est-ce que tu étais fragile ?

Fragile.

Quelle bêtise.

Tu vas leur prouver, toi, qu’il n’y a rien de fragile à être fier.


 

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Writober Jour 7 – Enchanté·e

7. Enchanté·e

« Tu vois là, des paillettes, des chapeaux, des vêtements que personne d’autre ne mettraient dans la rue… Et le tout coincé dans une chambre de bonne ? »

Le journaliste regarde, un peu ébahi, le fourre-tout dans lequel il vient d’entrer. Il essaie aussi de retenir un éternuement. Il est un peu allergique à la moisissure, et ce… machin qui n’a de chambre que le nom en est rempli.

« Comment veux-tu qu’on ne se prenne pas pour des sorcières ? Des fées ? »

Son hôte tire un petit tabouret de sous un guéridon recouvert de maquillages. Il l’époussette un peu et lui offre. Lui s’assoit par terre. Il a dix-sept, dix-huit ans ? Pas beaucoup plus. Et ses yeux brillent.

Le journaliste, lui, n’était venu là que pour faire un article merdique sur le monde de la nuit. Son rédacteur en chef, qui lui doit déjà trois piges de salaire, va adorer. Sauf que maintenant il est dans la 4ème dimension. Ou dans la caverne de la Rose d’Or.

« Tu sais qu’à New York, on nous appelait les fées ? Fairies… »

Il a un très mauvais accent anglais. Le journaliste se souvient que le gamin a quitté l’école tôt, qu’il n’aimait pas ça. Pas les cours non. Mais tout le reste. Le harcèlement. Les parents. L’autorité. Tout. Rien. Il ne parle pas bien anglais.

« Mais je sais faire comme si ! »

Il parle à trois mille à l’heure. Lui a l’enregistreur de son portable allumé depuis des heures, il a l’impression. Peut-être pas plus de dix minutes en fait. »

« Des fées ! Nous sommes des fées. On apporte de l’amour et le syndrome de Peter Pan aux gens. Comme Clochette. »

Il l’imagine bien, là, sur son coussin défoncé, sur un plancher qui en a vu des meilleures. Il ne porte plus son jean déchiré ni son tee-shirt à un euro acheté à Barbès. Non, il a de longues jambes fuselées, rasées de près et brillantes, un maillot vert, où il a accroché au pistolet à colle des pans de papiers crépon vert. Il porte une perruque à chignon blond sur son crâne rasé. Ses grands yeux verts sont maquillés aussi, bien entendu. On ne voit plus sa barbe naissante sous le fond de teint.

Il l’imagine si bien.

« Des fées alors ? Comment dois-je vous appeler ? »

Le journaliste est passé au vouvoiement. On tutoie les petits homos de Paris, oui, surtout quand on est journaliste, diplôme e poche, sans le sou et tellement impatient de traiter les plus pouilleux que soi comme de la merde.

Mais on vouvoie les sorcières.

Elle, c’est encore une apprentie. Dans sa chambre moisie, avec ses vêtements achetés sur les sites de vente chinois, son maquillage du Lidl et ses chaussures payées à coup de pipes dans les boîtes de nuit.

Mais c’est une sorcière.

Une fée.

Une magicienne.

« Viviane, bien sûr. Viviane XTravagance. Ou From Paris. Je n’ai pas encore choisi. Il sort quand l’article ? »

Le journaliste ressort, redescend les huit étages de cet immeuble haussmannien, se retrouve sous la pluie.

Viviane From Paris fait un petit spectacle dans un bar pouilleux ce samedi soir.

Ce n’est pas encore une star.

Elle en a juste quelques paillettes et le pouvoir. Un tel pouvoir.

Il est déjà amoureux.

Les sorcières sont de sortie.


 

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