Publié dans écriture, général

Sois l’Eau, mon ami·e.

« Sois comme l’eau qui trouve son chemin à travers les fissures. Ne sois pas assuré, mais adapte-toi à l’objet et tu trouveras un moyen de le contourner ou de passer à travers. Si rien en toi ne reste rigide, les choses extérieures vont se révéler. Vide ton esprit, sois informe. Informe, comme l’eau. Si tu mets de l’eau dans une tasse, elle devient la tasse. Tu mets de l’eau dans une bouteille et elle devient la bouteille. Tu la mets dans une théière, elle devient la théière. Maintenant, l’eau peut couler ou s’écraser. Sois l’eau, mon ami. »
Cette citation de Bruce Lee, nous l’avons entendue (souvent tronquée) lors des manifestations pour la démocratie à Hong-Kong. Il est fort probable que les médias qui se sont chargés de relier les principes de Bruce Lee aux mouvements de révoltes ont transformé cette philosophie en petite moquerie paternaliste et raciste (du genre « nous on a Voltaire, euh ils ont un acteur de kung-fu »). Ceci dit, ce précepte est bel et bien utilisé à Hong-Kong, et l’adaptabilité des manifestants aux moyens de répression des autorités force le respect et, malgré le sérieux de la situation, amène une fascination euphorisante.
Ici, à l’Ouest, nous apprenons aussi les propriétés de l’eau, mais plus sur le registre de l’absence de contrôle et de la peur.
D’un côté les rivières et fleuves qu’il faut contrôler et littéralement canaliser, pour ne pas avoir à faire face à des inondations (tip : il suffit de ne pas construire en zone inondable)
De l’autre, de façon un peu plus geek, la théorie du chaos expliquée pour les nuls par le Professeur Malcolm dans Jurassic Park. La nature trouve toujours un moyen, elle est donc chaotique, donc dangereuse.
Mine de rien, toute notre société, en France, fonctionne ainsi : il faut se forcer pour correspondre aux modèles. Cela vaut pour vraiment tous les domaines : posez-vous la question sur les codes vestimentaires, sur la façon « convenable » de vivre une orientation sexuelle non hétéro, sur les modèles de couple, sur les goûts littéraires ou cinématographiques, sur les cases imposées (et non choisies) (Pour connaître la différence, vous pouvez vous reporter au très bel ouvrage de Mélanie Fazi, Nous qui n’existons pas, disponible en e-pub gratuit chez Dystopia)
« Sois l’eau, mon ami »
Voilà, aussi simplement que ça, cette citation venant d’une autre culture permet de dévisser le nombre incroyable de charges sociales que l’on se met sur le dos, surtout quand on est neuro atypique.
Quid de l’écriture du coup ?
Que l’on ne travaille pas, pour de multiples raisons, ou que l’on travaille, le conseil qui est donné le plus souvent aux auteurices, c’est de se construire une habitude : écrire un peu tous les jours, avoir des horaires fixes, tenir un bullet journal, utiliser des tableaux excel, s’installer dans une bibliothèque, s’installer dans un bar, écrire à la main, choisir tel logiciel, choisir tel autre logiciel, et ainsi de suite.
Je connais beaucoup d’auteurices autour de moi, des personnes qui sont devenues très souvent des ami·es depuis dix ans, et qui ont leurs habitudes. Le bullet journal chez Aude Reco, les aventures de Scrivener chez Lionel Davoust, l’agenda de ministre au millimètre chez Cécile Duquenne. C’est d’ailleurs en discutant avec elle lors de notre dernière séance de coaching, que je lui ai avoué ce qui me pèse : les méthodes, c’est très bien, mais quid quand on ne peut s’y tenir que pour un temps limité ?
Parce que nous sommes de l’eau et des rivières. Si on nous canalise trop, au bout d’un moment, ça déborde, et ça fait des dégâts. Les inondations de culpabilité, de burn-out, de sentiment d’échec.
« J’avais choisi cette méthode-là, ça a marché pendant cinq jours, et puis ça n’allait plus du tout. J’ai mal choisi. »
Et ce n’est pas le fait d’abandonner qui est réellement dommageable, non. C’est le fait de se dire qu’on s’est trompé, ou se dire que ce n’était pas le bon moment. Mais comme la méthode a fonctionné pendant quelques jours, autant attendre que le mood revienne, non ?
« Sois l’eau, mon ami »
Alors au diable tout cela !
Ce qui est vraiment cool avec l’activité artistique, par rapport aux codes du travail salarié, aux codes de la famille, et pour beaucoup d’entre nous aux codes du genre, c’est que cette activité permet de s’en détacher relativement facilement.
J’ai fait mon coming-out non-binaire. Et ça a été très compliqué pendant quelques mois. Parce que le neutre, c’est le masculin, et que je ne supportais plus tout ce qui avait trait au féminin. Il fallait que j’obéisse à la méthode « mec » en laissant tomber totalement la méthode « nana ».
En écriture, j’ai fait pendant quelques temps du bullet journal. Et puis ça n’allait plus du tout.
Mais j’avais un si beau cahier, avec des stickers trop mignons et un planning super bien foutu ! Comment je pouvais abandonner ça ? Autant arrêter d’écrire jusqu’à que cela revienne !
Oui mais non. Non parce que l’écriture, cela reste, de base, viscéralement, quelque chose de nécessaire. Sans écriture je ne vis plus. Ou du moins je ne vis plus très bien.
Alors on s’adapte. J’utilise à la fois writecontrol et focuswriter et word. J’écris à la fois chez moi, en café, ou au boulot (vivent les pauses de midi !) J’ai deux carnets. J’ai des tableaux excel. Je ne fais pas tout en même temps, mais je pioche ce qui me va le mieux au moment x.
Il n’y a que deux constantes dans ce travail-là : écrire (mais pas forcément tous les jours), et avoir des projets en cours. Je dis bien DES projets, oui. Parce que sinon, je m’ennuie.
Est-ce que j’arrive tous à les mener à bien ? Non. Du moins pas dans le temps que je souhaiterai.
Mais ce n’est pas grave, parce que je suis une rivière.
Je m’adapte. Comme aujourd’hui je peux remettre du rouge à lèvre et me faire appeler « il » dans certaines soirées, comme je peux un jour parler de littérature et de combat LGBT devant 50 personnes et le lendemain hiberner chez moi seule avec le moins de bruit possible, comme… comme toute ma vie de personne NA.
Comme, toute proportion gardée, ces jeunes gens qui collent des pavés sur les routes de Hong-Kong pour ralentir les chars (oui avec de la colle forte)
Comme vous. Parce que vous avez ce pouvoir énorme : vous êtes de l’eau. Vous glissez. Vous êtes merveilleux et personne ne peut vous arrêter.

Cet article est issu de la newsletter A l’attention d’iel était une fois.
Vous pouvez vous y inscrire ici ; la prochaine partira le 10 janvier 🙂
A l'attention d'iel était une fois
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Non-binarité et représentation

4janet
Janet – personnage non binaire de The Good Place.

Il y a quelques semaines un·e abonné·e de mon compte twitter m’a envoyé le lien vers un article (en anglais) de Electric Lit (que je ne connaissais pas)
Article rédigé par une personne concernée à la fois par la littérature, notamment de l’imaginaire, et par la non-binarité.
Autrement dit, une rareté quand on dépasse les frontière de tumblr.

J’ai enfin eu le temps de le lire et j’avoue que je partage plutôt la thèse de Christine Prevas.

Le point de départ est le personnage de Janet, de la (très bonne) série The Good Place, oeuvre qui a l’avantage de toucher beaucoup, beaucoup plus de gens que n’importe quel roman de SF ou de fantasy.
Il est assez évident, bien entendu, que la majorité du public ne verra pas la non-binarité de Janet, malgré ses « not a girl » répétés à l’envi.  Mais pour le public concerné, c’est important, comme pour toute minorité qui se retrouve représentée dans un média mainstream (ne venez pas me titiller sur le FinnPoe de Star Wars, j’enrage encore)

Donc Janet est un personnage non-binaire qui en plus à l’immense qualité de ne pas répondre au physique androgyne habituellement associé à la non-binarité (qui m’enrage encore plus que le FinnPoe, c’est dire, surtout parce que là, je suis hyper concernée)

Le souci donc, et c’est cela que soulève l’article d’Electric Lit, est le suivant :

When the only non-binary characters in media are aliens, robots, and monsters, we tacitly assert that the non-binary people in our lives are unnatural, that there is something inherently inhuman about their existence.

[Quand les seuls personnages non-binaires d’un média sont des extra-terrestres, des robots et des monstres, nous assumons de façon tacite que les personnes non-binaires de nos vies ne sont pas naturelles, qu’il y a quelque chose d’intrinsèquement inhumain dans leur existence.]

Cela se rapproche en fait de toutes les problématiques de représentation des minorités dans les médias. Par exemple je me souviens des bandes-dessinées que je lisais enfant, où systématiquement, en situation magique, le personnage noir était forcément sorcier ou marabout. L’étranger ne pouvait pas être « comme nous ». La différence (couleur de peau, sexualité, physique) installe le personnage dans son altérité. De façon plus légère (enfin pas vraiment), les méchants ont plus souvent un look gothique, des mines patibulaires, sont gros quand ils peuvent être achetés, homosexuels quand ils sont manipulateurs·trices, et ainsi de suite.
La caractéristique qui les distinguent du personnage principal est soulignée par leur appartenance à une minorité qui, dans le monde réelle, n’est pas dans une situation de pouvoir. Les minorités n’ont pas de pouvoirs magiques, une connaissance illimitée des savoirs, sans aucune sensibilité, dans un besoin constant de faire le mal soit pour nous venger soit parce que réaliser nos désirs nous ferait forcément sortir de la loi.
Bref nous sommes « normaux ». Et cette normalité et cette humanité de notre altérité n’existe pas en fiction.

Voici ce qui ressort de l’article et je suis complètement d’accord avec.

Mais je pense que ce besoin d’humanité, cette nécessité d’être inclus dans le monde humain et non dans le monde des robots, des monstres et des extra-terrestres, s’adressent d’abord aux auteurices non concerné·es.

Pourquoi ?

J’écris. Et plus je vieillis, plus je souhaite que mes héros et mes héroïnes me ressemblent, ou partagent au moins certaines de mes expériences, notamment sur le genre.
Mais je n’ai pas envie d’écrire une histoire sur une personne ordinaire qui ferait des choses ordinaires juste pour prouver que j’existe, moi, en tant qu’auteurice non-binaire.
Ce serait super chiant, soyons sérieux.
Et je n’ai pas envie d’intégrer des personnages non-binaires dans mes récits juste pour qu’iels restent dans le fond, pour prouver qu’iels existent bien.
Non.
Moi, mes personnages sont badass, qu’iels le veuillent ou non. Iels ont des pouvoirs, savent se battre, peuvent être hyper intelligents, naviguer au fin fond de l’univers au moyen de leurs tentacules ou être les héritier·ères d’une lignée de vampires.
Parce qu’iels sont mes héros !
Et qu’iels sont trans, non-binaires, pan, ace, poly, et toutes ces caractéristiques qui, peu ou prou, me concernent aussi. Et je sais leur donner une humanité parce que justement, je sais que cette caractéristique-là, n’est pas liée à leurs statuts de badass, de magicien·ne, de « plus grand que la vie ».

C’est pour ça que j’aime Janet, parce qu’elle est badass. Tout en étant « not a girl ».
Mais il serait bien, vraiment vraiment bien, que les auteurices, même et surtout les non-concerné·es, mettent un peu de diversité dans leurs personnages « normaux », dans leurs humain·es.

I love non-binary monsters. I love non-binary aliens, and non-binary robots. I love space operas and paranormal romances and anything “inhuman” that I come across. But sometimes there are days when — exhausted by the social calculus of navigating a world that does not make space for me, that does not take me for what I am — I need my fiction to remind me that I am human, too.

[J’aime les monstres non-binaires. L’aime les extra-terrestres non-binaires, et les robots non-binaires. J’aim le space opera et les romances paranormales et tout ce que je croise et qui est « inhumain ». Mais il y a des jours où – fatigué·e par la navigation sociale dans un monde qui ne fait pas de place pour moi, qui ne me considère pas pour ce que je suis – j’ai besoin que mes fictions me rappellent que j’existe.]

 

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Les Bracelets d’Emeraude : pré-commandes !

CouvertureBonjour à tous et à toutes !

Annonce aujourd’hui.

Depuis quelques semaines, Les Bracelets d’Emeraude est disponible à la lecture sur wattpad, à raison de deux à trois chapitres par semaine.

La version papier sortira le samedi 30 novembre sur le site CoolLibri (nouvel imprimeur, de meilleure qualité que Lulu), pour un prix de 20€ pour 282 pages de bonheur.

Mais voilà, parce qu’il faut bien aussi fêter cette sortie, je vous permets de précommander 5 livres, dédicacés, avec quelques surprises toutes douces en plus.

Les précommandes se feront lundi 25 novembre, sur instagram.

Alors préparez-vous et rendez-vous lundi !


1910.

Dans une Perse surpuissante mais minée par les attentats révolutionnaires, un groupe communiste organise le rapt d’un jeune prince étranger. Chargée de l’enlèvement, Gladys, jeune femme au pair venue d’Angleterre, fait face à des défis beaucoup plus dangereux et immoraux que ceux auxquels elle s’attendait.

Accompagnée du jeune prince, de ses protecteurs et d’un mercenaire algérien opportuniste, Gladys va traverser un pays entier et voir sa vision du monde complètement changer.


 

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Les Bracelets d’Emeraude – Suite du voyage

Les Bracelets d'Emeraude (4)

Bonjour à tous et toutes en ce samedi très… automnal.

Pour vous réchauffer un peu, direction la Syrie pour les Bracelets d’Emeraude ! Les chapitres 7 à 9 sont dès à présents disponibles sur wattpad.
Ici.

Dans ces chapitres, nous nous retrouvons à Persépolis, ville magique telle qu’elle aurait pu être dans un empire hyper puissant, à l’aube d’une Guerre Mondiale qui va bien arriver, même si nous sommes dans une temporalité uchronique. Dans ce milieu capitaliste, prêt à vendre et se vendre à n’importe qui, où se retrouvent Gladys la communiste et Salam le fils de la République ?

Vous le saurez en lisant les Bracelets d’Emeraude.

Deux annonces accompagnent ces chapitres.

Tout d’abord, un service presse numérique est disponible sur simple demande.
Eh oui ! Le roman dans son intégralité, en format epub, sans DRM donc adaptable à tous les formats de liseuses.
Si vous souhaitez lire les Bracelets d’Emeraude avant tout le monde, il suffit d’avoir un blog/instagram ou un compte wattpad, et de faire un peu de publicité pour le roman (commentaire, chronique, vote, etc)
Je compte sur vous 🙂
Envoyez-moi un petit mail ou commentez sur cet article.

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La seconde annonce explique aussi la première, puisqu’elle en est le but ultime.
En effet, d’ici la fin de l’année, vous pourrez vous procurer la version papier des Bracelets d’Emeraude !

Je fais des tests pour l’instant pour trouver le meilleur imprimeur à la demande, ayant été assez déçue par la qualité chez Lulu.
La version papier contiendra des bonus dont je vous reparlerai au fur et à mesure.

 

En attendant je retourne au Writober (avec un peu de retard) et je prépare la reprise de #LaBombe pour le nanowrimo.

 

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Writober Jour 11 – Neige

11. Neige

Je collectionne les boules à neige. Cela peut paraître un peu vieux, un peu kitsch. Ça l’est sans doute.

Il y a pourtant un sentiment de paix à observer toutes ces petites boules, alignées sagement sur une étagère, juste au-dessus de mon lit. Elles ne représentent pas des événements particuliers de ma vie. Je ne les ai pas achetées à chaque bonheur ou chaque échec. Pas du tout. Ce sont des cadeaux. Souvent ramenés du bout du monde par des amies ou la famille. Ceux qui voyagent.

Elles ne sont pas des regrets : eux partent et moi je reste ici, clouée sur mon lit.

Non.

Elles sont des fenêtres vers un monde que je ne connaîtrais sans doute jamais.

Dans ma chambre il y a le lit médicalisé, du lino au sol, un peu moche, des meubles moches, des draps moches, des machines moches et en plus bruyantes. Je n’arrive même pas à voir ce qu’il se passe à travers la fenêtre. La lumière me fait trop mal et les rideaux sont souvent tirés.

Mais il y a mes boules à neige. Même quand je suis trop mal pour regarder la télévision, trop mal pour lire, trop mal pour même fermer les yeux, je m’allonge et je les regarde. Parfois je demande à mon infirmière de les poser sur ma tablette, et je les caresse.

New-York, Los Angeles, Rio, Tokyo, Paris, Londres, et ainsi de suite. Je ne les compte même plus.

J’en ai même une avec un drapeau arc-en-ciel à l’intérieur, tenu par un mec torse nu et musclé.

La version lesbienne visiblement n’existait pas.

Je n’ai même pas eu le temps de faire une seule Marche avant de finir dans cette chambre.

Peut-être qu’un jour… On sortira le fauteuil, les appareils portatifs, je mettrai une grosse doudoune, même en juin, et on ira.

Peut-être un jour.

En attendant je regarde mes boules à neige et cela va un peu mieux.


Sur Wattpad.

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Writober Jour 8 – Fragile

8. Fragile

C’est la nouvelle insulte à la mode. Sur les réseaux sociaux – tu es trop vieux pour l’avoir vécu au collège ou au lycée. Mais parfois tu penses aux minots et tu as mal pour eux.

Fragile.

Qu’est-ce qu’il y a de fragile dans la vie ? Dans ta vie ?

Les doutes ? Les pleurs ? Les questionnements ?

Les mensonges à tes parents ? Les fausses excuses dans les vestiaires de sport ? Les petits détournements de la vérité au boulot ?

Qu’est-ce qui est fragile ?

Le jour où tu as mis le pied à ta première Marche, « juste pour voir », « parce que je suis une alliée, là », où tu t’es volontairement mégenré, est-ce que tu étais fragile ?

Le jour où tu y es retourné, tremblant tout le long en espérant que personne, personne ne te reconnaisse, ne te montre du doigt en disant « Eh, tu te déguises en garçon ! C’est dégueulasse ! », est-ce que tu étais fragile ?

Fragile.

Quelle bêtise.

Tu vas leur prouver, toi, qu’il n’y a rien de fragile à être fier.


 

Sur wattpad

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Writober Jour 4 – Glacé

Avec un peu de retard du à une soirée fort occupée hier soir 🙂

4. Glacé

Le temps court. Il court un cent mètre sans interruption, ne s’arrête jamais, même pas pour reprendre son souffle. Tout va trop vite, bien trop vite.

Alors souvent on pense qu’il faut aussi aller très vite, ne jamais s’arrêter, même pas pour reprendre son souffle. On va trop vite. On veut aller trop vite. Car sinon on se sent perdu.

« Comment tu l’as su ? »

« Moi c’était à 4 ans ! »

« 12 ans. »

« 16 ans. »

« 20 ans mais j’habitais à la campagne, dans un autre pays, on était très conservateur, je n’avais pas internet. »

Tu as quarante ans et tu te sens glacé.

Quand tout le monde surfe sur des vagues énormes, tu te sens englouti.

Quand les gens autour de toi dévale les pistes de ski, tu escalade un glacier.

Un pic après l’autre, du temps pour reprendre son souffle, et même assez pour faire demi-tour, quand un passage est trop compliqué, ou sans issue.

Tu as quarante ans et tu te sens glacé quand tu entres dans ce café associatif.

« Comment l’as-tu su ? »

« Il y a quelques mois »

Tu mens, cela fait quelques semaines.

Iel te sourit.

« Bienvenue. Moi aussi, j’ai eu une vie hétéro avant ! »

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Writober Jour 3 – Pari

Note : J’ai mal traduit Bait. J’ai confondu avec Bet. Du coup au lieu d’appât vous avez pari… Oups…


 

3. Pari

Tu regardes ton armoire ouverte, une penderie qui aurait pu être rangée, si tu t’en donnais la peine. Si l’ouvrir simplement ne te plongeait pas, systématiquement, dans des abîmes de réflexion, et quelquefois de dépression.

Tu la regardes, tu as le temps aujourd’hui ; c’est le weekend.

Tu n’es même pas obligé·e de sortir. Tu pourrais rester toute la journée à l’intérieur, tu n’as rien à faire, tu pourrais rester en pyjama.

Sauf que hier, dans un état d’ébriété avancé, tu as fait un pari avec toi-même, et que tu comptes le tenir.

La plupart du temps, on parie de l’argent, ou quelque chose d’équivalent.

Tu as parié ton bonheur.

Il y a une jupe pendue sur un cintre. Elle est usée, plus très belle. Tu la mettais tout le temps. Tu l’adores et tu sais qu’elle te va.

Depuis cet été, depuis ta première grosse crise de dysphorie, tu n’arrives même plus à la regarder.

Aujourd’hui tu as le choix.

Il y a une paire de ciseaux dans le tiroir du bureau, il y a un sac poubelle aussi, qu’il suffirait juste d’ouvrir. Jeter la jupe dedans, et elle sera suivie de tout le reste, tous les corsages, les robes, les collants, les autres jupes, les chaussures « de fille », et allez, même les soutiens-gorges.

Ce serait plus facile.

Hier tu as fait un pari avec ta vie, avec ton bonheur.

Tu sors la jupe de l’armoire, tu la défais de son cintre et tu entres dans la salle de bain. Un legging, un tee-shirt. Tu l’enfiles. Elle te va encore.

Et même si tu n’arrives pas encore tout à fait à te regarder dans le miroir, ne sachant pas si tu y verras une fille ou un garçon, tu souris.

Peut-être que tu feras un autre choix un autre jour.

Mais pour l’instant, pour aujourd’hui, tu es bien. Tu as parié sur ton bonheur.

 

Récit autobiographique.

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Writober Jour 2 – Idiot

2. Idiot

Il y a beaucoup de choses que l’on considère comme idiotes. Des choses que l’on fait, comme ça, souvent sur un coup de tête, mais pas toujours, et dont on sait qu’elles vont mal se passer. Des choses idiotes. Des décisions stupides. Des pensées qui défient la logique et mais que l’on va quand même appliquer.

Tu en as des exemples plein la tête d’habitude. Mais là, tout est vide.

Tu te dis : « Est-ce que je suis un abruti ? Qu’est-ce qui m’a pris ? »

Cela dure quelques secondes à peine. Le sol s’ouvre sous toi, tu as peur de tomber dans les abimes, de te tuer. En même temps, tu as aussi envie de t’enterrer, de ne plus jamais sortir. Disparaître. Le sol s’ouvre sous toi et tu restes là, debout au milieu de la cuisine, dans les odeurs de graisses et de ce détergent citronné qui attaque les narines. Elle commence à peine le ménage.

C’est comme ça chez vous, maman fait le ménage, papa restait devant la télé.

La femme d’un côté, l’homme de l’autre.

Ta chambre est bleue. Elle l’est encore, vous n’avez pas encore eu l’argent pour la refaire, lui donner un air plus étudiant.

Chacun à sa place.

Mais pourquoi tu as fait ça ?

Ça dure quelques secondes à peine, tu as l’impression d’avoir ait la plus grosse bêtise de ta vie.

Et puis…

Et puis elle t’embrasse. Deux bras si fins d’habitude qui te serrent, te forcent. Ils sont si forts. Ils t’ont porté depuis seize ans. Ils sont toujours là alors qu’ils auraient pu si facilement te repousser.

« Mon doudou, merci. »

Merci.

Merci maman.

Ce n’était pas si terrible (ça l’était).

Ce n’était pas si idiot (ça ne l’était pas).


 

Tous les textes sont et seront disponibles sur wattpad.