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FdL : Du Roi de je serai l’assassin – Jean-Laurent del Soccorro

Du Roi je serai l’assassin – Jean-Laurent del Socorro

Titre : Du Roi je serai l’assassin
Auteur : Jean-Laurent del Soccorro
Date : 2021
Editeur : ActuSF

Résumé
Espagne, Andalousie, XVI e siècle. La Reconquista est terminée. Charles Quint règne sur une Espagne réunifiée et catholique. Sinan est un enfant qui vit avec sa soeur jumelle, Rufaida à Grenade. Musulmans convertis par nécessité à la religion catholique, sa famille les envoi à Montpellier pour échapper à une Inquisition toujours plus féroce. Là bas ils tomberont dans une France embrasée par les guerres de religion…

Mélangeant récit historique et fantasy, Jean-Laurent Del Socorro nous offre une nouvelle fois un grand roman, dans le sillage de Royaume de Vent et de colères avec l’un de ses personnages dans le rôle clef.

Mon avis
Comment se construit l’Histoire ?
Par des traités et des grandes dates ? Par des cartes sur lesquelles on (un « on » immatériel et symbolique) décide des frontières, des guerres et des pouvoirs ? Par les décisions de puissants qui jouent avec les peuples comme avec des soldats de plomb ?
Non, l’Histoire se construit dans la cour d’une maison de Grenade, dans le secret d’une famille musulmane caché derrière la conversion au catholicisme, dans l’amour fou entre un frère et ses deux sœurs, dans les violences paternelles, dans un amour inavoué également. Dans une colère longuement, intimement mûrie.
Jean-Laurent Del Soccorro tisse un Histoire que nous connaissons, celle des Guerres de Religions, en nous faisant passer derrière l’ouvrage, à détailler les multiples fils qui constituent une histoire (pas l’Histoire, car celle qu’il conte est en partie fictive et nourrie de magie)
Des enfants élevés sous de multiples identités, outils politiques de leur père ; des étudiants protestants prêts à tout ; des femmes reléguées au second plan et qui nourrissent leurs ambitions à l’aune du mépris dans lequel la société les laisse ; un homme enfin, quel que soit le prénom qu’il prenne, qui sera toute sa vie sur le fil, entre colère et amour, entre destruction et soin.
Un grand roman, véritablement, de fantasy historique, débarrassé des oripeaux du sexisme et de la virilité à outrance qu’on s’attendrait encore, malheureusement, à trouver dans le genre.
Grâce à Solas. A Rufaida. A Peter. Et à la magique Sahar.

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FdL – Les Nouvelles Vagues – Arnaud Cathrine

Les Nouvelles Vagues de Arnaud Cathrine

Titre : Les Nouvelles Vagues
Auteur : Arnaud Cathrine
Date : 2021
Editeur : Robert Laffont

Résumé
Les Nouvelles Vagues, c’est Vince, Micha, Marilyn et Octave.
Les Nouvelles Vagues, c’est le portrait d’une génération qui invente sa façon d’aimer et d’être soi.

Moi, je veux flamber.
Sinon on n’est pas vivant.
Je veux me jeter sur tout ce qui est inflammable.
Même si j’ai peur.
La vie me fait peur.
Les garçons me font peur.
Les filles me font peur.
Mais je veux cramer.
Ce sera bref, et qu’est-ce qu’on s’en fout :
pourquoi une histoire courte ne serait-elle pas une histoire tout court ?

Mon avis
Séduite par une publication des Mots à la Bouche (Librairie parisienne queer qu’il ne faut pas suivre sur instagram si vous tenez à votre compte en banque…), je me suis procuré Les Nouvelles Vagues sans savoir de quoi cela parlait, et sans savoir qu’il s’agissait d’une suite (mais inutile d’avoir lu le premier pour comprendre celui-ci).
Commencé vers 16h, fini quatre heures plus tard, autant dire que je l’ai dévoré, littéralement.
L’écriture de l’auteur est directe, fluide, très proche de ses deux personnages. La familiarité des mots de Vince et Marilyn est bienvenue dans un paysage young adult qui avait jusque-là tendance à être plutôt prude (mais ça change !)
J’ai beaucoup apprécié le personnage de Micha, mec trans qui a déjà l’avantage d’exister, simplement, en fiction (c’est extrêmement rare) et de battre à plate couture la tendance actuelle de représenter une minorité super intégrée à la société et à sa communauté. Nope, Micha a peu de relations cis, sociabilise essentiellement avec d’autres personnes trans masc et c’est sans doute le truc le plus réaliste du bouquin, qui l’est pourtant déjà bien.
J’aime également la tendance actuelle de décrire des fratries soudées, et la relation de Marilyn avec son petit frère m’a énormément touchée.
Je vais de ce pas aller lire le premier roman que j’avais donc loupé…

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SP – Musique – Collectif

Couverture de l’anthologie Musique – Illustration de Aki

Titre : Musique
Date de sortie : été 2021
Editeur : YBY

Résumé
Installez-vous, la représentation va commencer ! Les neuf compositeur‧rice‧s que vous venez écouter vous proposent chacun‧e leur courant artistique : au programme, des mélodies qui se teintent d’angoisse, de drame et d’humour. Sur une sérénade ou un air de pop rock, accompagnez nos héros·ïnes dans leurs quêtes fantastiques ! Déjà, les lumières s’éteignent et les premières notes s’élèvent. Prêt·e·s pour un voyage acoustique hors du commun ?

Sommaire
Neuf heures de l’après-midi – écrit par Ana Zaharova et illustré par Lilliam Thomdet
Du ventre au poumon – écrit par Naël Legrand et illustré par Feilyn
Les Orfèvres des sons – écrit par Thomas Di Franco et illustré par Lemonjuiceday
La Musique des sphères – écrit par Ysael et illustré par Chimikii
Le Duc de la Papatte Pelucheuse – écrit par Anne-Laure Guillaumat et illustré par DICEShimi
Dô-Kamissa – écrit par Tino H. Charroux et illustré par Ash-Coloured
Vivre sans moi – écrit par Karine Rennberg et illustré par Caal
Gravité zéro – écrit par Lux et illustré par Lilblueorchid
L’Astre de la cité en larmes – écrit par Weggen et illustré par Mathilde Périé

Mon avis
J’ai reçu l’anthologie Musique, à paraître cet été, grâce aux éditions YBY. J’avais déjà lu quelques novellas de cette maison dans le cadre de FantastiQueer, et je suis leurs publications (et leurs appels à texte) avec beaucoup d’intérêt. La seule consigne pour ce service presse était de lire les textes puis d’en faire ce que je voulais, c’est à dire que je n’étais pas obligée d’en faire une chronique ou même d’en dire du bien ^^
Le recueil contient deux nouvelles de littérature générale, et sept textes touchant aux genres de l’imaginaire. On y retrouve des représentations queer extrêmement variées : personnages gays, lesbiens, pan, en situation de handicap, asexuel, trans, non-binaire, racisés, etc. C’est littéralement un concentré de tout ce que je souhaite lire et de tout ce que je lis depuis maintenant quelques années. Et quel plaisir !
Mais allons au-delà pour nous intéresser aux textes. Deux m’ont laissé assez indifférent, sans que je boude mon plaisir à les lire.
Pour certains, comme Les Orfèvres des sons, très joli conte de Thomas Di Franco, ou le sublime Dô-Kamissa, de Tino H. Charroux, j’aurai aimé un roman, un développement profond, plein de douceur et de cruauté pour le premier, empli de révolte et de justice uchronique pour l’autre.
Mais j’avoue que mon cœur de cinéphile a eu un énorme coup de cœur pour la nouvelle de Weggen, L’Astre de la cité en larmes, qui clôt cette anthologie de très, très haute tenue ; quelque part entre Dark City et les films noirs des années quarante, quand deux âmes aussi dissemblables que possible unissent leurs solitudes. Une magnifique réussite.

Si cette anthologie vous intéresse, et j’espère vraiment vous avoir donner goût à y aller, elle fait partie des préventes d’été de YBY sur ulule !!!!

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FdL – Blue Flag – Kaito

Couverture du toma 8 de Blue Flag, de Kaito
Blue Flag, de Kaito

Titre : Blue Flag
Auteur : KAITO
Date : 2019-2021 (série achevée – 7 tomes)
Editeur : Kurokawa

Résumé
Au printemps de leur année de Terminale, trois élèves se retrouvent à un carrefour de leur vie.
Taichi est dans la même classe que Tôma, un ami d’enfance à qui tout réussit et que Futaba, une fille qu’il a du mal à supporter. Un jour, Futaba se confie à lui et lui avoue qu’elle est amoureuse de Tôma.

Mon avis

Le pitch du premier volume ne saurait rendre justice à cette mini-série (7 volumes) du mangaka Kaito, parue sur la plateforme numérique du Shônen Jump (magazine plutôt destiné aux garçons).

Là où l’on aurait pu s’attendre à un triangle amoureux (ou carré avec l’apparition d’un quatrième personnage) avec les deux garçons, Taichi et Tôma, amoureux de la même fille, Futaba, suivi du schéma deux filles et deux garçons, Kaito introduit deux hypothèses peu utilisées habituellement dans ce genre de manga.

Tout d’abord Blue Flag réfléchit et fait réfléchir sur la notion d’amitié. Qu’est-ce que c’est ? Est-ce proche ou éloigné de l’amour ? Quelle est la différence entre les deux ? L’amitié fille-garçon est-elle possible ? Et qui a décidé qu’elle ne l’était pas ?

Ces réflexions se font par le dialogue, car, originalité encore de Blue Flag, les personnages communiquent entre eux. Cela n’évite pas les incompréhensions, les frustrations et les erreurs, mais il est agréable d’avoir entre les mains une histoire où les personnages ne se contentent pas de se regarder de loin sans parler.

Là où ces dialogues pourraient se transformer en discours militant prémâché, l’auteur les laisse avec leurs hésitations, frustrations, colères, défauts. Ils font avancer la réflexion du lecteur et des personnages, mais sans forcément y apporter de solution toute prête.

Deuxième hypothèse amenée par Blue Flag : les relations ne sont pas forcément hétéronormées.

Il ne s’agit pas là uniquement de l’amour que Tôma ressent pour Taichi, ou celui de Masumi pour Futaba, mais de multiples autres choses aussi : l’envie d’être un garçon quand on est une fille, ou le rejet de relations sexuelles avec des garçons quand on se contente très bien de leur amitié.

C’est léger certes, et si l’on peut considérer par exemple le personnage de la tsundere est asexuel (ce qui est encore plus étonnant que tout le reste au vue des schémas habituels du shônen), ce n’est pas forcément le cas. Car aucun des personnages ne correspond forcément à une étiquette rigide (sauf Tôma et dans une moindre mesure Futaba)

J’ai particulièrement apprécié ce flou volontaire, parce qu’il rappelle à quel point ces jeunes gens ont leur âge, entre 16 et 18 ans. Et que, au contraire de ce que veulent nous faire croire l’immense majorité des mangas (et une bonne partie de la littérature jeunesse), à cet âge-là, on n’est sûr de rien, à quelques exceptions près.

A ces schémas sur l’amitié et le dépassement de l’hétéronormativité, l’auteur rajoute le reste de la vie lycéenne : les examens, la fête du sport, la fête de l’école (il manque juste le voyage scolaire), mais aussi les soucis familiaux. Ils sont très appuyés pour Tôma, un peu pour Futaba (son caractère très effacé et maladroit expliqué par une fratrie plus âgées et envahissante)

L’avenir, quand on est en Terminale, c’est aussi choisir si on continue ses études ou pas, l’université à choisir, quel diplôme professionnel, le départ imminent de la maison familiale, pour partir des fois très loin. C’est d’ailleurs le sens de la décision de Taichi : [spoilers] pourquoi devrait-il choisir, là maintenant, entre ses deux amis, et se laisser déborder par une crise identitaire violente, alors qu’il y a des choses bien plus urgentes comme quoi faire de sa vie ? [/spoilers]

A 17 ans, rien n’est fixé dans le marbre et tout est donc très important.
Mais à 20, 23, 25, quand les personnages se retournent sur ces années-là, ils se rendent compte à quel point cette importance, qui a fait basculer leur vie, n’était qu’une étape au milieu de multiples autres.

La vie ne se fini pas à la remise des diplômes du lycée.

C’est terrifiant, mais je pense que pour le lecteur ou la lectrice, c’est également un immense espoir.
Tout ne commence pas et ne finit pas à 17 ans.

Dernière note sur la narration : on suit essentiellement Taichi dans cette série, et la narration hésitante, mais aussi finalement plus portée sur ses relations aux autres et non sur les sentiments amoureux, suit le développement du personnage. Pareil pour Futaba : narration encore plus hésitante, faite d’éclats de panique et de sauts en avant, qui souligne le courage de la jeune fille. Et pour Tôma, très peu de parole finalement, un mur avec des gros plan fixes sur son visage, pour parvenir à des scènes littéralement de son point de vue, qui révèlent sans rien dire. Un coup de maître.

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FdL / Chinatown Intérieur – Charles Yu

Couverture Chinatown Intérieur de Charles Yu.
Chinatown Intérieur -Charles Yu

Titre : Chinatown Intérieur
Auteurice : Charles Yu
Date : 2020
Editeur : Forges de Vulcain

Willis est un Américain d’origine asiatique qui tente de percer à Hollywood. Dans un monde qui voit tout en noir et blanc, qui se pense comme un affrontement entre Noirs et Blancs, Willis a-t-il sa place ? Mêlant le petit et le grand écran, la série policière, le film de kung-fu, la comédie romantique, le film de procès, Charles Yu nous offre un grand roman américain, émouvant, tendre et parfois amer, un récit d’odyssée personnelle et de conquête sociale dans ce champ de bataille qu’est la société américaine.

Mon avis
Un acteur asiatique fait son chemin dans le système hollywoodien des rôles secondaires, et sa vie se confond avec ses rôles, emprisonné qu’il est dans le rôle du bon Asiatique, dans un monde où les personnes d’origine asiatique sont condamnées à des rôles sociaux prédéterminés, sans aucune chance de jamais en sortir.
Ecrit sous une forme de scénario, « Chinatown Intérieur » est un récit prenant, extrêmement vivant et direct quand on est habitué au monde audiovisuel. Pour une personne non concernée, l’auteur nous montre une situation souvent ignorée, effacée, volontairement invisibilisée.
Une très grande œuvre. 

Entretien avec Charles Yu, lauréat du National Book Award 2020.

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FdL : Jonny Appleseed – Joshua Whitehead

Titre : Jonny Appleseed
Auteurice : Joshua Whitehead
Date : 2020
Editeur : Mémoire d’Encrier

Travailleur du cybersexe, Jonny doit rentrer à la réserve dans une semaine pour assister aux funérailles de son beau-père. Pendant ces sept jours, Jonny se raconte : enfance, amitié, amour, sexe, alcool, maquillage, musique, fantômes, espoirs. Le fil des liens familiaux se retisse avec sa mère, sa kokum, ses tantes et oncles. Surgit tout un monde de tendresse.

Mon avis
A la découverte de la littérature queer canadienne, ce livre m’a été conseillé par ma libraire préférée. Et pour une fois, la quatrième de couverture résume parfaitement l’histoire, visiblement fortement auto-biographique.
Joshua Whitehead décrit fort bien le monde âpre, emprunt de racisme et de fétichisme du cybersexe gay, et celui, tout aussi violent, d’une communauté de Peguis, où l’alcoolisme se cultive à la naissance, entre chômage et bébés placés dans des familles d’accueil de façon systématique.
Et pourtant quel amour, quelle tendresse gonfle dans ces pages, et même en écrivant ces lignes je pense à l’Homme que sa grand-mère maquillait, des repas faits de rien, de ce sens tellement éclatant de la famille, de la communauté, malgré tout.
Comme l’écrit l’auteurice dans sa postface, « les jeunes autochtones bispirituel·le·s (ou deux-esprits) et queers ne sont pas une chose du passé, […] nous ne sommes pas des interprétations ethnographiques ni des notions romantiques, mystiques ou chamaniques, […] nous existons dans le présent et dans l’avenir. »
Sublime.

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FdL : Opération Pantalon – Cat Clarke

Titre : Opération Pantalon.
Auteurs : Cat Clarke
Année : 2017.
Editeur : Robert LAffont Jeunesse.

L’uniforme, oui ! La jupe, non ! Liberté, égalité, pantalon !
Liv (ne l’appelez pas Olivia, il déteste ça) sait depuis toujours qu’il est un garçon et non une fille, mais le règlement très strict de son collège en matière d’uniforme lui interdit de porter un pantalon. Il lui faudra donc porter des jupes.
Commence alors l’Opération Pantalon. La seule manière pour Liv d’obtenir ce qu’il veut, c’est de mener la bataille lui-même. Et il ne compte pas seulement changer les règles : il veut changer sa vie, un combat loin d’être gagné d’avance !

Mon avis
Lu dans le cadre des lectures LGBT de Mx. Cordelia, j’ai beaucoup aimé ce roman.
Il évite beaucoup de défaut et maladresses des livres dont les héros sont trans : le héros se genre uniquement en masculin (le roman est à la première personne), il explique sa certitude absolue de son genre, et le mot transgenre est écrit et prononcé sans détour. J’ai beaucoup apprécié cette justesse.
J’ai également apprécié la solidité du personnage principal, sa lâcheté qui n’est que celle d’un gamin de douze ans. Eh oui, Liv est en cinquième, première année de collège aux Etats-Unis. Il décrit le sexisme ordinaire, et son histoire ne s’embarrasse pas de romance. Ce n’est pas le sujet.
On sent vraiment que l’autrice sait écrire les mômes (j’aime particulièrement le petit frère Enzo) et les femmes (mes mères de Liv et Enzo sont justes)
Une jolie réussite.

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FdL : Ce qui vient la nuit – Julien Batan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride

Titre : Ce qui vient la nuit.
Auteurs : Julien Bétan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride (Ill.)
Année : 2019.
Editeur : Les Moutons Electriques.

Plonger l’épée au cœur des ténèbres, voilà le serment de Jildas lors de son départ en croisade.
Lorsqu’il revient en Bretagne, il découvre que sur ses propres terres, les légendes du vieux monde sont encore là, nichées dans les forêts. Accompagné de Marie de France, une poétesse aux mots aussi acérés que sa lame, il traquera les loups qui ont pris forme d’homme.

Mon avis
Un de mes achats du Salon du Livre l’année dernière, il me semble, Ce qui vient la nuit est une découverte en soi. Si l’histoire n’est pas originale, elle se construit sur la forme de la nouvelle (voire de la courte novella), laissant les références de fantasy dula lecteurice faire des ponts et construire un monde médiéval solide et effrayant.
Et il y a les illustrations.
Mes flash-backs et certaines scènes d’action sont entièrement dessinés, en ombres et découpages, tricolores, noir, blanc et jaune, jeu sur les coupes, les coups de pinceaux, à la limite de l’abstraction… et d’une efficacité terrible.
Une très grande réussite.
Magnifique.

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FdL : Le Sexisme, une affaire d’hommes – Valérie Rey-Robert

Le Sexisme, une affaire d’hommes – Valérie Rey-Robert

Titre : Le Sexisme, une affaire d’hommes.
Autrice : Valérie Rey-Robert
Année : 2020.
Editeur : Libertalia.

« Les violences patriarcales sont le produit d’un système de croyances dans lequel les hommes doivent dominer. La masculinité est partout liée au pouvoir et au contrôle ; les garçons l’apprennent dans leurs familles, par les médias, leurs copains, les jeux, le sport. Et tout en apprenant qu’il faut être fort et puissant, ils apprennent aussi que ce qui est féminin vaut moins que ce qui est masculin. »

« On ne naît pas homme, on le devient. »
C’est en partant de ce postulat que Valérie Rey-Robert analyse la construction du genre. Selon elle, le principal problème des violences faites aux femmes est la virilité. Elle nous invite à nous questionner sur la socialisation des garçons et des filles, sur la masculinité et sa violence inhérente, sur nos stéréotypes de genre.
Il appartient de déviriliser nos sociétés, pour que les hommes cessent de tuer leurs compagnes et leurs enfants, qu’ils cessent de se tuer entre eux, qu’ils cessent de s’automutiler. Ceci ne pourra passer que par un grand travail de prise de conscience et d’éducation.
Une problématique qui nous engage toutes et tous.

Mon avis
Le nouvel essaie de synthèse de Valérie Rey-Robert arrive un an après La Culture du viol à la française. J’étais très intriguée par la forme que pouvait prendre un ouvrage à destination des hommes cis, de la part d’une militante féministe (comme moi)
L’autrice fait part de sa difficulté à écrire un chapitre entier de conseils, alors que tout ce que l’on a envie de dire aux hommes cis c’et de se taire et d’écouter. Je pense en fait que out le livre a dû être difficile à écrire, tant il faut revenir sur des choses qui sont dites et répétées depuis des années. Qu’il y a cette impression qu’avec tous ces efforts, peu liront, écouteront, comprendront et, surtout, appliqueront.
Ceci dit cet ouvrage est une somme nécessaire, aussi synthétique que le premier. Et qui reste, et je remercie l’autrice pour cela, dans le champ général et, quand il s’agit d’aller plus au détail, sur les hommes cis hétéro et blancs. Parce que s’il manque encore (peut-être) l’ouvrage sur la masculinité toxique et le virilisme en milieux racisés (relire Colère Noire de Ta-Nehisi Coates à ce propos) ou en milieu homosexuel, ce n’est pas la place de l’autrice de s’y pencher (et ce n’est pas, pour le premier cas, la mienne de le critiquer)
En résumé un livre indispensable, bourré de référence, indispensable.
Il est disponible en format papier et numérique (indispensable en ces temps de confinement) sur le site de l’éditeur.

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FdL : Woman World – Aminder Dhaliwal

Woman World – Aminder Dhaliwal

Titre : Woman World.
Autrice : Aminder Dhaliwal. [trad. Clémentine Beauvais]
Année : 2020.
Editeur : La Ville Brûle.

Woman World est la première BD de l’autrice canadienne Aminder Dhaliwal, qui a frappé fort en proposant une œuvre extrêmement originale, drôle et féministe, qui suscite le rire autant que la réflexion.
L’action se déroule dans le futur, alors que les hommes ont progressivement disparu de la surface de la Terre et que les catastrophes écologiques s’enchaînent. Nous suivons la vie d’une communauté de femmes qui vivent, aiment, créent, font des blagues, travaillent, s’inquiètent de leur survie et de celle de l’humanité, fouillent les décombres du monde d’avant à la recherche des traces de la culture du XXIe siècle… Parmi elle une mairesse nue, une grand-mère qui a connu la vie avec les hommes, une doctoresse, une poétesse, une petite fille conçue par FIV, et plusieurs autres voix qui s’entremêlent pour former cet étonnante BD chorale. Woman World est plus qu’une BD hilarante, c’est aussi un conte philosophique audacieux qui manie brillamment (et avec beaucoup de subtilité) les concepts féministes, une métaphore de notre inertie face à l’urgence climatique… et un hommage à la pop culture du XXIe siècle.

Mon avis.
Donc une maison d’édition que j’adore sort un comics sur l’apocalypse, avec que des femmes, un une esthétiques de couverture proche de Adventure Time ? En plus on est en pleine semaine avant les Césars, je fais des grosses rechutes de déprimes parce que je sais ce qui va arriver le vendredi et que j’en suis déjà malade (ça n’a pas louper). Alors j’achète le bouquin.
Et vendredi, je commence à le lire. Je le finis samedi.
Et je fond dans un univers de douceur bonbon, un monde post apo où l’on s’interroge de temps en temps sur la disparition des hommes, mais pas tant que ça, où on applaudit à la redécouverte d’une usine de Dragibus, où les amours et les déprimes sont toujours là, où on sait qu’il est dangereux de rentrer seule le soir, mais on ne sait plus trop pourquoi.
C’est magistral, c’est mignon, c’est tout doux, c’est lisible par tout le monde, à tout âge, même si certaines réflexions légères arrivent en sous-texte.
Vraiment une très belle pépite, une SF douce et jolie, comme on en aimerait plus souvent.