Publié dans fiche de lecture

FdL – Blue Flag – Kaito

Couverture du toma 8 de Blue Flag, de Kaito
Blue Flag, de Kaito

Titre : Blue Flag
Auteur : KAITO
Date : 2019-2021 (série achevée – 7 tomes)
Editeur : Kurokawa

Résumé
Au printemps de leur année de Terminale, trois élèves se retrouvent à un carrefour de leur vie.
Taichi est dans la même classe que Tôma, un ami d’enfance à qui tout réussit et que Futaba, une fille qu’il a du mal à supporter. Un jour, Futaba se confie à lui et lui avoue qu’elle est amoureuse de Tôma.

Mon avis

Le pitch du premier volume ne saurait rendre justice à cette mini-série (7 volumes) du mangaka Kaito, parue sur la plateforme numérique du Shônen Jump (magazine plutôt destiné aux garçons).

Là où l’on aurait pu s’attendre à un triangle amoureux (ou carré avec l’apparition d’un quatrième personnage) avec les deux garçons, Taichi et Tôma, amoureux de la même fille, Futaba, suivi du schéma deux filles et deux garçons, Kaito introduit deux hypothèses peu utilisées habituellement dans ce genre de manga.

Tout d’abord Blue Flag réfléchit et fait réfléchir sur la notion d’amitié. Qu’est-ce que c’est ? Est-ce proche ou éloigné de l’amour ? Quelle est la différence entre les deux ? L’amitié fille-garçon est-elle possible ? Et qui a décidé qu’elle ne l’était pas ?

Ces réflexions se font par le dialogue, car, originalité encore de Blue Flag, les personnages communiquent entre eux. Cela n’évite pas les incompréhensions, les frustrations et les erreurs, mais il est agréable d’avoir entre les mains une histoire où les personnages ne se contentent pas de se regarder de loin sans parler.

Là où ces dialogues pourraient se transformer en discours militant prémâché, l’auteur les laisse avec leurs hésitations, frustrations, colères, défauts. Ils font avancer la réflexion du lecteur et des personnages, mais sans forcément y apporter de solution toute prête.

Deuxième hypothèse amenée par Blue Flag : les relations ne sont pas forcément hétéronormées.

Il ne s’agit pas là uniquement de l’amour que Tôma ressent pour Taichi, ou celui de Masumi pour Futaba, mais de multiples autres choses aussi : l’envie d’être un garçon quand on est une fille, ou le rejet de relations sexuelles avec des garçons quand on se contente très bien de leur amitié.

C’est léger certes, et si l’on peut considérer par exemple le personnage de la tsundere est asexuel (ce qui est encore plus étonnant que tout le reste au vue des schémas habituels du shônen), ce n’est pas forcément le cas. Car aucun des personnages ne correspond forcément à une étiquette rigide (sauf Tôma et dans une moindre mesure Futaba)

J’ai particulièrement apprécié ce flou volontaire, parce qu’il rappelle à quel point ces jeunes gens ont leur âge, entre 16 et 18 ans. Et que, au contraire de ce que veulent nous faire croire l’immense majorité des mangas (et une bonne partie de la littérature jeunesse), à cet âge-là, on n’est sûr de rien, à quelques exceptions près.

A ces schémas sur l’amitié et le dépassement de l’hétéronormativité, l’auteur rajoute le reste de la vie lycéenne : les examens, la fête du sport, la fête de l’école (il manque juste le voyage scolaire), mais aussi les soucis familiaux. Ils sont très appuyés pour Tôma, un peu pour Futaba (son caractère très effacé et maladroit expliqué par une fratrie plus âgées et envahissante)

L’avenir, quand on est en Terminale, c’est aussi choisir si on continue ses études ou pas, l’université à choisir, quel diplôme professionnel, le départ imminent de la maison familiale, pour partir des fois très loin. C’est d’ailleurs le sens de la décision de Taichi : [spoilers] pourquoi devrait-il choisir, là maintenant, entre ses deux amis, et se laisser déborder par une crise identitaire violente, alors qu’il y a des choses bien plus urgentes comme quoi faire de sa vie ? [/spoilers]

A 17 ans, rien n’est fixé dans le marbre et tout est donc très important.
Mais à 20, 23, 25, quand les personnages se retournent sur ces années-là, ils se rendent compte à quel point cette importance, qui a fait basculer leur vie, n’était qu’une étape au milieu de multiples autres.

La vie ne se fini pas à la remise des diplômes du lycée.

C’est terrifiant, mais je pense que pour le lecteur ou la lectrice, c’est également un immense espoir.
Tout ne commence pas et ne finit pas à 17 ans.

Dernière note sur la narration : on suit essentiellement Taichi dans cette série, et la narration hésitante, mais aussi finalement plus portée sur ses relations aux autres et non sur les sentiments amoureux, suit le développement du personnage. Pareil pour Futaba : narration encore plus hésitante, faite d’éclats de panique et de sauts en avant, qui souligne le courage de la jeune fille. Et pour Tôma, très peu de parole finalement, un mur avec des gros plan fixes sur son visage, pour parvenir à des scènes littéralement de son point de vue, qui révèlent sans rien dire. Un coup de maître.

Auteur :

Autrice, relectrice, bêta-lectrice et créatrice d'ateliers d'écriture. Je travaille essentiellement sur l'écriture par rapport à la représentation des genres et l'inclusivité.

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