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FdL : La Gentrification des esprits – Sarah Schulman

La Gentrification des Esprits de Sarah Shulman

Titre : La Gentrification des Esprits – Témoin d’un imaginaire perdu
Autrice : Sarah Schulman
Date : 2018
Editeur : Editions B42

Résumé
La Gentrification des esprits est un retour captivant sur la crise du sida et l’activisme d’ACT UP dans le New York des années 1980 et 1990. Sarah Schulman, elle-même new-yorkaise et militante de la cause LGBT, se souvient de la disparition du centre-ville, pratiquement du jour au lendemain, de la culture rebelle queer, des loyers à bas coût et du prolifique mouvement artistique qui se développait au coeur de Manhattan, remplacés par des porte-parole gays conservateurs, ainsi que par le consumérisme de masse. Elle décrit avec précision et engagement le « remplacement d’une communauté par une autre » et le processus de gentrification qui toucha ces quartiers concomitamment à la crise du sida. Sarah Schulman fait revivre pour nous le Lower East Side qu’elle a connu. Elle ravive autant le souvenir de ses ami•e•s de l’avant-garde queer que celui de l’ombre inquiétante des premières années de la crise du sida, telles que vécues par une militante. Les souvenirs personnels s’entremêlent à une analyse percutante des deux phénomènes, et du poids invisible qu’ils font aujourd’hui peser sur la société américaine. L’auteure rend compte de son expérience en tant que témoin de la « perte de l’imagination » de toute une génération, et des conséquences entraînées par cette perte.

Mon avis
Comment construire une identité, une culture, un engagement politique, quand toute une génération d’artistes a disparu, balayée du monde par le SIDA et l’irresponsabilité criminelle des Etats ? Comment construire une identité, une culture, un engagement politique, quand cette disparition a accéléré la gentrification des espaces, détruisant des communautés, rendant inaccessible les espaces à de nouvelles générations ?
Comment de cette disparition la conformité (mariage, carrière professionnelle, parentalité) est devenue un but rassurant, qui efface d’autant plus toute revendication et invention artistique et politique ?
Comment cette conformité fonde un nouveau classisme, le dédain, le racisme, l’invisibilisation totale des minorités de tout espace, notamment artistique et littéraire ? Invisibilisation dans les soutiens médiatiques, les prix, les maisons d’éditions, les classes d’écriture créative, l’éducation, le statut social, une vie sans survie.
Sarah Schulman, en deux parties « Comprendre le passé » et « Les conséquences de la perte » analyse, dans une narration très accessible, les ramifications et conséquences tues de l’épidémie du SIDA aux Etats-Unis, et notamment à New-York. Elle y raconte Act-UP, la censure canadienne, l’accès à l’université des minorités, l’aveuglement des oppresseurs qui pensent toujours et encore que « l’égalité est là » et « tout le monde a les mêmes chances »
Cet ouvrage peut être rapproché de la situation artistique en France et des colères haïes par les dominants et le monde artistique des mouvements queer. Il est pour moi indispensable pour les auteurices et artistes queer, mais aussi pour toutes les personnes cis (et blanches) qui naviguent dans les milieux artistiques et littéraires.
Par deux fois (au moins) la communauté LGBTQI+ a été effacée de l’Histoire. D’abord par les autodafés nazis en 1933, qui ont détruits toutes les archives de l’Institut de sexologie de Berlin fondé par Magnus Hirschfeld. Puis par l’épidémie de SIDA.
Chaque effacement permet aux classes dominantes cis hétéro de déclarer le mouvement LGBT comme « jeune », « nouveau », « débarqué depuis deux ans », sans histoire, et donc sans légitimité.
Il tient à nous de répliquer.

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FdL : Anergique – Célia Flaux

Anergique de Célia Flaux

Titre : Anergique
Autrice : Célia Flaux
Date : 2021
Editeur : Actu SF – collection Naos

Résumé
Angleterre XIXe siècle. Lady Liliana Mayfair est une garde royale, mais aussi une lyne capable de manipuler la magie. Elle et son compagnon Clement partent en Inde sur les traces d’une violeuse d’énergie. Leur unique piste : Amiya, la seule victime à avoir survécu à la tueuse.

De Surat à Londres, la traque commence. Mais qui sont véritablement les proies ?

Mon avis
J’ai ouvert ce roman avec une curiosité mêlée d’appréhension : le steampunk victorien n’est pas forcément ma tasse de thé, l’orientalisme peut souvent tomber dans des tropes racistes, et puis le thème me touchait particulièrement, puisqu’on parle ici de viols.
L’écriture subtile de Célia Flaux contourne les difficultés et les pièges de ses thèmes avec une grande habileté. Le personnage de Amiya est particulièrement bien brossé et permet une dénonciation de la colonisation britannique, sans faire du roman un essai historique. Le steampunk est limité à quelques images et c’est surtout dans une société magique que nous sommes emportés.
La magie d’ailleurs qui n’est pas juste une source esthétique de pouvoirs mais régit entièrement une société, rajoutant aux oppressions racistes et misogynes (sans les omettre) celle des lynes sur les denas. Cette nouvelle catégorisation sociale et politique permet également un aperçu d’un monde où les relations ne sont plus strictement régies par l’hétérosexualité et par le supériorité des hommes sur les femmes (mais y’a des restes). Je dois dire que je regrette un peu que l’autrice ne soit pas allée plus loin dans ces renversements de genre, forcément.
Vient ensuite le thème du viol. Amiya a subi un viol à l’âge de 10 ans, et on le rencontre dix ans plus tard, jeune homme, précepteur, avec une souffrance et une négation de son corps particulièrement bien décrites. Son retour à la vie se fait par étape, alors qu’il apprend à jongler entre son devoir de soumission et de don, par son statut de dena, et une colère sourde envers sa violeuse et la société raciste dans laquelle il se retrouve plongé. Je pense qu’il s’agit de la très grande réussite de ce roman.
Celui-ci traite énormément du sacrifice et de ses conséquences brutales. L’histoire comporte également des réflexions sur le suicide et l’anorexie.
Un très beau roman, à partir de 15 ans au vu des thèmes qu’il aborde.

Trigger Warnings
– Viol / Viol sur mineur·es
– Syndromes Post-Traumatiques
– Anorexie
– Suicide
– Racisme
– Homophobie (secondaire, d’un seul personnage dans un milieu plutôt ouvert)