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« Hollywood », ou l’importance de l’uchronie

La nouvelle mini-série de Ryan Murphy (Glee, American Horror Story, entre autres, et producteur de Pose) est arrivée sur Netflix aujourd’hui. Ça s’appelle Hollywood et il s’agit d’une… uchronie.
Une uchronie, c’est un genre narratif appartenant à la science-fiction, qui prend un élément du passé et le modifie légèrement pour transformer l’Histoire. Pas besoin de sciences dures, genre une invention comme dans le steampunk ; pas même besoin d’une guerre perdue qui aurait été gagnée, non.
Ici, il suffit de donner un AVC à un producteur hollywoodien dans années 50 et que sa femme, toujours mise dans l’ombre, prenne les commandes.
Mais commençons par le commencement et par quelques jeunes gens… Il y a Jack, jeune homme venu à Los Angeles avec sa femme pour devenir acteur ; mais les sous manquent et il finit par être employé dans une station service un peu spéciale. Il y a Archie, scénariste noir et homosexuel, qui désespère de trouver quelqu’un pour acheter ses histoires sans qu’il soit obligé de faire une fiction « de noir ». Il y a Raymond, réalisateur qui n’a pas encore réalisé, et sa femme, qui ne peut pas être son épouse, Camille, qui aimerait bien décrocher d’autres rôles que ceux de la bonne noire. Il y a Rock Hudson, acteur dans le placard qui ne va pas attendre d’avoir le SIDA pour s’outer (1985 dans la vraie vie)
Et tous ces talents vont réaliser un film. Malgré tout.
Parce que si l’uchronie se fonde sur cette création là, ce qu’il y a autour (soyons claire : la masse de mecs blancs homophobes et racistes qui dirigent autant le monde que Hollywood) n’est ni gentil, ni bisounours.
Hollywood ne raconte pas une histoire vraie, mais une histoire probable, dans toutes ses suspensions de crédulité. Et sincèrement, ça fait un foutu BIEN.
Parce quand les minorités doivent raconter leurs histoires, elles sont dramatiques, elles donnent envie de pleurer. Parce que la domination constante d’une caste (homme blanc hétéro et bourgeois) n’offre pas des passés resplendissants.
Et là Ryan Murphy nous offre une sucrerie, un bonbon avec des acidités sublimes (la participation de Queen Latifah dans le rôle de Hattie McDaniel, actrice oscarisée pour Autant ne emporte le vent qui avait du passer la soirée des Oscars dans le couloir parce qu’elle ne devait surtout pas s’asseoir au milieu des blancs, est magistrale) mais un bonbon qui sent bon la satisfaction, la colère optimiste et une sacrée bon sang de colère.

Bref, regardez Hollywood.

PS : comme dans toutes les séries de Ryan Murphy, il y a des moments un peu moyens, mais bon, je l’aime cet homme, je n’y peux rien.