« Hollywood », ou l’importance de l’uchronie

La nouvelle mini-série de Ryan Murphy (Glee, American Horror Story, entre autres, et producteur de Pose) est arrivée sur Netflix aujourd’hui. Ça s’appelle Hollywood et il s’agit d’une… uchronie.
Une uchronie, c’est un genre narratif appartenant à la science-fiction, qui prend un élément du passé et le modifie légèrement pour transformer l’Histoire. Pas besoin de sciences dures, genre une invention comme dans le steampunk ; pas même besoin d’une guerre perdue qui aurait été gagnée, non.
Ici, il suffit de donner un AVC à un producteur hollywoodien dans années 50 et que sa femme, toujours mise dans l’ombre, prenne les commandes.
Mais commençons par le commencement et par quelques jeunes gens… Il y a Jack, jeune homme venu à Los Angeles avec sa femme pour devenir acteur ; mais les sous manquent et il finit par être employé dans une station service un peu spéciale. Il y a Archie, scénariste noir et homosexuel, qui désespère de trouver quelqu’un pour acheter ses histoires sans qu’il soit obligé de faire une fiction « de noir ». Il y a Raymond, réalisateur qui n’a pas encore réalisé, et sa femme, qui ne peut pas être son épouse, Camille, qui aimerait bien décrocher d’autres rôles que ceux de la bonne noire. Il y a Rock Hudson, acteur dans le placard qui ne va pas attendre d’avoir le SIDA pour s’outer (1985 dans la vraie vie)
Et tous ces talents vont réaliser un film. Malgré tout.
Parce que si l’uchronie se fonde sur cette création là, ce qu’il y a autour (soyons claire : la masse de mecs blancs homophobes et racistes qui dirigent autant le monde que Hollywood) n’est ni gentil, ni bisounours.
Hollywood ne raconte pas une histoire vraie, mais une histoire probable, dans toutes ses suspensions de crédulité. Et sincèrement, ça fait un foutu BIEN.
Parce quand les minorités doivent raconter leurs histoires, elles sont dramatiques, elles donnent envie de pleurer. Parce que la domination constante d’une caste (homme blanc hétéro et bourgeois) n’offre pas des passés resplendissants.
Et là Ryan Murphy nous offre une sucrerie, un bonbon avec des acidités sublimes (la participation de Queen Latifah dans le rôle de Hattie McDaniel, actrice oscarisée pour Autant ne emporte le vent qui avait du passer la soirée des Oscars dans le couloir parce qu’elle ne devait surtout pas s’asseoir au milieu des blancs, est magistrale) mais un bonbon qui sent bon la satisfaction, la colère optimiste et une sacrée bon sang de colère.

Bref, regardez Hollywood.

PS : comme dans toutes les séries de Ryan Murphy, il y a des moments un peu moyens, mais bon, je l’aime cet homme, je n’y peux rien.

FdL : Opération Pantalon – Cat Clarke

Titre : Opération Pantalon.
Auteurs : Cat Clarke
Année : 2017.
Editeur : Robert LAffont Jeunesse.

L’uniforme, oui ! La jupe, non ! Liberté, égalité, pantalon !
Liv (ne l’appelez pas Olivia, il déteste ça) sait depuis toujours qu’il est un garçon et non une fille, mais le règlement très strict de son collège en matière d’uniforme lui interdit de porter un pantalon. Il lui faudra donc porter des jupes.
Commence alors l’Opération Pantalon. La seule manière pour Liv d’obtenir ce qu’il veut, c’est de mener la bataille lui-même. Et il ne compte pas seulement changer les règles : il veut changer sa vie, un combat loin d’être gagné d’avance !

Mon avis
Lu dans le cadre des lectures LGBT de Mx. Cordelia, j’ai beaucoup aimé ce roman.
Il évite beaucoup de défaut et maladresses des livres dont les héros sont trans : le héros se genre uniquement en masculin (le roman est à la première personne), il explique sa certitude absolue de son genre, et le mot transgenre est écrit et prononcé sans détour. J’ai beaucoup apprécié cette justesse.
J’ai également apprécié la solidité du personnage principal, sa lâcheté qui n’est que celle d’un gamin de douze ans. Eh oui, Liv est en cinquième, première année de collège aux Etats-Unis. Il décrit le sexisme ordinaire, et son histoire ne s’embarrasse pas de romance. Ce n’est pas le sujet.
On sent vraiment que l’autrice sait écrire les mômes (j’aime particulièrement le petit frère Enzo) et les femmes (mes mères de Liv et Enzo sont justes)
Une jolie réussite.

FdL : Ce qui vient la nuit – Julien Batan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride

Titre : Ce qui vient la nuit.
Auteurs : Julien Bétan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride (Ill.)
Année : 2019.
Editeur : Les Moutons Electriques.

Plonger l’épée au cœur des ténèbres, voilà le serment de Jildas lors de son départ en croisade.
Lorsqu’il revient en Bretagne, il découvre que sur ses propres terres, les légendes du vieux monde sont encore là, nichées dans les forêts. Accompagné de Marie de France, une poétesse aux mots aussi acérés que sa lame, il traquera les loups qui ont pris forme d’homme.

Mon avis
Un de mes achats du Salon du Livre l’année dernière, il me semble, Ce qui vient la nuit est une découverte en soi. Si l’histoire n’est pas originale, elle se construit sur la forme de la nouvelle (voire de la courte novella), laissant les références de fantasy dula lecteurice faire des ponts et construire un monde médiéval solide et effrayant.
Et il y a les illustrations.
Mes flash-backs et certaines scènes d’action sont entièrement dessinés, en ombres et découpages, tricolores, noir, blanc et jaune, jeu sur les coupes, les coups de pinceaux, à la limite de l’abstraction… et d’une efficacité terrible.
Une très grande réussite.
Magnifique.

FdL : Le Sexisme, une affaire d’hommes – Valérie Rey-Robert

Le Sexisme, une affaire d’hommes – Valérie Rey-Robert

Titre : Le Sexisme, une affaire d’hommes.
Autrice : Valérie Rey-Robert
Année : 2020.
Editeur : Libertalia.

« Les violences patriarcales sont le produit d’un système de croyances dans lequel les hommes doivent dominer. La masculinité est partout liée au pouvoir et au contrôle ; les garçons l’apprennent dans leurs familles, par les médias, leurs copains, les jeux, le sport. Et tout en apprenant qu’il faut être fort et puissant, ils apprennent aussi que ce qui est féminin vaut moins que ce qui est masculin. »

« On ne naît pas homme, on le devient. »
C’est en partant de ce postulat que Valérie Rey-Robert analyse la construction du genre. Selon elle, le principal problème des violences faites aux femmes est la virilité. Elle nous invite à nous questionner sur la socialisation des garçons et des filles, sur la masculinité et sa violence inhérente, sur nos stéréotypes de genre.
Il appartient de déviriliser nos sociétés, pour que les hommes cessent de tuer leurs compagnes et leurs enfants, qu’ils cessent de se tuer entre eux, qu’ils cessent de s’automutiler. Ceci ne pourra passer que par un grand travail de prise de conscience et d’éducation.
Une problématique qui nous engage toutes et tous.

Mon avis
Le nouvel essaie de synthèse de Valérie Rey-Robert arrive un an après La Culture du viol à la française. J’étais très intriguée par la forme que pouvait prendre un ouvrage à destination des hommes cis, de la part d’une militante féministe (comme moi)
L’autrice fait part de sa difficulté à écrire un chapitre entier de conseils, alors que tout ce que l’on a envie de dire aux hommes cis c’et de se taire et d’écouter. Je pense en fait que out le livre a dû être difficile à écrire, tant il faut revenir sur des choses qui sont dites et répétées depuis des années. Qu’il y a cette impression qu’avec tous ces efforts, peu liront, écouteront, comprendront et, surtout, appliqueront.
Ceci dit cet ouvrage est une somme nécessaire, aussi synthétique que le premier. Et qui reste, et je remercie l’autrice pour cela, dans le champ général et, quand il s’agit d’aller plus au détail, sur les hommes cis hétéro et blancs. Parce que s’il manque encore (peut-être) l’ouvrage sur la masculinité toxique et le virilisme en milieux racisés (relire Colère Noire de Ta-Nehisi Coates à ce propos) ou en milieu homosexuel, ce n’est pas la place de l’autrice de s’y pencher (et ce n’est pas, pour le premier cas, la mienne de le critiquer)
En résumé un livre indispensable, bourré de référence, indispensable.
Il est disponible en format papier et numérique (indispensable en ces temps de confinement) sur le site de l’éditeur.

Table ronde autour de l’intersectionnalité

Bonjour à tous et toutes,

Hier j’ai eu l’honneur d’être invitée à une table ronde autour de l’intersectionnalité, organisée par une amie et la Médiathèque Sud de Strasbourg. Le terme « intersectionnalité » était utilisé dans son sens large afin de pouvoir être défini en début de débat au public pas forcément déconstruit, avec les limites et les précisions qu’il se doit.

Les trois heures pleines ont été très intéressantes et surtout je voudrai aujourd’hui simplement rappeler ici certaines références dont j’ai pu parler lors de cet événement, ainsi que vous présenter trois des cinq autres militant·es qui étaient également invité·es (dont une malheureusement absente)

Lucie Larousse est illustratrice, connue sur les RS pour une animation sur la grossophobie réalisée il y a quelques années. Son instagram d’illustratrice est ici. Elle est également performeuse drag queen sous le nom de Madame de Grognasse. Et la capture vidéo qu’elle nous a montrée était fort réjouissante !

Evan Nguyen est artiste performeur. Il interroge les notions de genres, d’orientation sexuelle, les dynamiques dominants/dominés au sein des couples, et les dynamiques raciales. Il a également participé en tant que cadreur au court-métrage de Marina Bertheley Vision 2.0.

Celinextenso, co-fondatrice des Dévalideuses, militent sur l’autonomie des femmes handicapées. Céline n’a malheureusement pas pu être parmi nous.
Allez voir notamment le blog, avec des conseils pour les personnes valides.

Voici ensuite les ressources dont nous avons pu parler hier (liste non exhaustive) :
– Le site de baf(f)e, base de données féministes ;
– Le site de Crêpe Georgette, tenu par Valérie Rey-Robert ;
La Culture du Viol et Le Sexisme, une affaire d’hommes, de Valérie Rey-Robert ;
Vivre Avec, chaîne youtube de Mathieu ;
Nkali Works et le twitter @blackaviel ;
Gras Politique ;
– Bande annonce de I am not your negro, de Raoul Peck, sur William Baldwin ;
Ma Vie en Gros, de Daria Marx, en replay sur France Télévisions ;
Planète Diversité, site d’archivage de livres dits « de la diversité ».

Il existe sans doute tellement plus de ressources, allez-y 🙂
Merci à Hélène, Anny, Agnès, Evan, Lucie, et Céline que j’aurai aimé rencontrer également.

FdL : Woman World – Aminder Dhaliwal

Woman World – Aminder Dhaliwal

Titre : Woman World.
Autrice : Aminder Dhaliwal. [trad. Clémentine Beauvais]
Année : 2020.
Editeur : La Ville Brûle.

Woman World est la première BD de l’autrice canadienne Aminder Dhaliwal, qui a frappé fort en proposant une œuvre extrêmement originale, drôle et féministe, qui suscite le rire autant que la réflexion.
L’action se déroule dans le futur, alors que les hommes ont progressivement disparu de la surface de la Terre et que les catastrophes écologiques s’enchaînent. Nous suivons la vie d’une communauté de femmes qui vivent, aiment, créent, font des blagues, travaillent, s’inquiètent de leur survie et de celle de l’humanité, fouillent les décombres du monde d’avant à la recherche des traces de la culture du XXIe siècle… Parmi elle une mairesse nue, une grand-mère qui a connu la vie avec les hommes, une doctoresse, une poétesse, une petite fille conçue par FIV, et plusieurs autres voix qui s’entremêlent pour former cet étonnante BD chorale. Woman World est plus qu’une BD hilarante, c’est aussi un conte philosophique audacieux qui manie brillamment (et avec beaucoup de subtilité) les concepts féministes, une métaphore de notre inertie face à l’urgence climatique… et un hommage à la pop culture du XXIe siècle.

Mon avis.
Donc une maison d’édition que j’adore sort un comics sur l’apocalypse, avec que des femmes, un une esthétiques de couverture proche de Adventure Time ? En plus on est en pleine semaine avant les Césars, je fais des grosses rechutes de déprimes parce que je sais ce qui va arriver le vendredi et que j’en suis déjà malade (ça n’a pas louper). Alors j’achète le bouquin.
Et vendredi, je commence à le lire. Je le finis samedi.
Et je fond dans un univers de douceur bonbon, un monde post apo où l’on s’interroge de temps en temps sur la disparition des hommes, mais pas tant que ça, où on applaudit à la redécouverte d’une usine de Dragibus, où les amours et les déprimes sont toujours là, où on sait qu’il est dangereux de rentrer seule le soir, mais on ne sait plus trop pourquoi.
C’est magistral, c’est mignon, c’est tout doux, c’est lisible par tout le monde, à tout âge, même si certaines réflexions légères arrivent en sous-texte.
Vraiment une très belle pépite, une SF douce et jolie, comme on en aimerait plus souvent.

Fdl : Le Garçon et la ville qui ne souriait plus – David Bry

Le Garçon et la ville qui ne souriait plus – David Bry

Titre : Le Garçon et la ville qui ne souriait plus.
Autrice : David Bry.
Année : 2019.
Editeur : Lynks.

Romain fuit chaque nuit sa demeure bourgeoise et confortable, pour rejoindre la Cour des Miracles où vivent les anormaux – fous, difformes, obèses, et autres parias parqués là par les Lois de l’Église. Le soir de ses quinze ans, il découvre qu’un terrible complot vise les habitants de la Cour.
Des coupe-gorges de Mouffetard aux ruines de Notre-Dame, il devra compter sur son ami Ambroise, sur Joséphine, Lion et Akou, pour lever le voile sur la conjuration et échapper aux terribles Lames Noires, à la solde de l’archevêque de Paris.
Dans un monde assombri par la peur et l’intolérance, le salut peut-il venir de quelques adolescents en quête d’amour et de liberté ?

Une réflexion sur l’adolescence et la difficulté d’être soi
Un hymne à la liberté et à la différence
Suspens et romantisme dans un Paris inspiré de celui de Notre-Dame-de-Paris.

Mon avis.
J’étais passée devant ce livre à plusieurs reprises (la couverture et le tire sont assez fascinant je trouve), et il m’a fallu une recommandation pour enfin l’acheter.
Je me suis retrouvée dans un Paris que je connais bien, pour avoir dévoré Hugo et Zola dans mes jeunes années. Bien que d’un ton et d’un style YA (ce n’est pas une critique), les influences se sentent, notamment de Hugo, avec cette cour des miracles à laquelle nous nous sommes tant identifié. Ici pas de belle fausse Espagnole, mais des grosses, des géants, des nains, des bossus, des gens hors de la norme. De ceux dont la société n’apprécie pas qu’ils se fondent en communauté mais qui les force à l’isolement, à l’altérité, à ne pas appartenir à rien, à moins de « devenir normal »
Il ne s’agit même pas d’une métaphore, parce qu’ici, cette mise à l’écart sonne tellement, tellement vrai. Et les héros et héroïnes, nous les croisons tous les jours, même dans nos miroirs.
Une très belle surprise pour ma part.
Merci.

FdL : Sacrées Sorcières – Pénélope Bagieu

Couverture du livre "Sacrées Sorcières"
Sacrées Sorcières – Pénélope Bagieu

Titre : Sacrées Sorcières.
Autrice : Pénélope Bagieu sur un texte de Roald Dahl.
Année : 2020.
Editeur : Gallimard.

Les enfants sont répugnants!
Ils puent! Ils empestent!
Ils sentent le caca de chien!
Rien que d’y penser, j’ai envie de vomir!
Il faut les écrabouiller!
Les pulvériser!
Écoutez le plan que j’ai élaboré pour nettoyer l’Angleterre de toute cette vermine…

Attention! Les vraies sorcières sont habillées de façon ordinaire et ressemblent à n’importe qui. Mais elles ne sont pas ordinaires. Elles passent leur temps à dresser les plans les plus démoniaques et elles détestent les enfants. La Grandissime Sorcière compte bien les faire tous disparaître. Seuls un jeune garçon et son extravagante grand-mère semblent capables de l’en empêcher…

Mon avis.
Je ne connaissais pas le livre de Roald Dahl, même pas en souvenir (de l’auteur il ne me semble avoir lu que Charlie et la Chocolaterie) Je ne connaissais donc absolument pas l’histoire, je ne connaissais « que » le style de Pénélope Bagieu. J’ai été surprise (dans le bon sang) par les deux.
Par la cruauté de l’histoire et par le « glow-up » comme disait un de mes potes, de Pénélope. Les enfants et les souris sont d’un mignonnerie à toute épreuve, les vieilles dames sentent les crêpes et les biscuits cuillères (et le Porto), les sorcières sont un peu ridicules mais si méchantes. C’est juste parfait.
Lisez-le si ce n’est déjà fait, et offrez-le à vos nièces et neveux, vous leur ferez un merveilleux cadeaux avec cette bande-dessinées au format « pour les grands » mais avec une histoire « pour eux »

Passé déformé et Avenir à choisir

Newsletter envoyé le 26 décembre dernier.

Bonjour à tous et à toutes,


Il y a deux façons d’envisager Noël dans notre société très binaire : une fête chaleureuse et familiale, permettant de se reposer et de profiter des siens et de se retourner sur l’année écoulée avec une espèce d’apaisement bienvenu ; et une période déprimante, fatigante et stressante, où tous les échecs de l’année écoulée vous arrivent en pleine tronche, et où vous vous imposez un bonheur pour ne pas faire peur à votre entourage (quand vous en avez un)


Le repos est nécessaire, ça, nous le savons, même quand on a du mal à nous l’imposer à nous-mêmes.


Cette année, j’ai réussi (pour l’instant) à sortir de cette binarité. Le bonheur à tous les étages n’est pas possible mais le bonheur par petites périodes est nécessaire. Et la déprime et les regrets sont bien là, mais les transformer et voir à travers eux est également possible. Je vais avoir des moments en famille, des joyeux et des plus mélancoliques, et je me suis trouvée des moments seule, chez moi, pour souffler. Un petit équilibre nécessaire.

Quand j’ai regardé l’année écoulée, je suis restée bloquée à ce second semestre assez catastrophique, éreintant et pas très heureux. Et puis je suis allée voir l’article de blog de janvier où je parlais de mes projets : aucun n’a été exécuté. Ni la correction et publication d’une novella d’horreur, ni la publication d’un recueil de nouvelles.


De quoi déprimer sec en fait.


Mais en fait, que s’est-il vraiment passé cette année ?


Des heures de coaching avec Cécile Duquenne pour rationnaliser mon écriture.


Des heures d’écriture pour avancer un projet vieux de plus de dix ans, et qui a immédiatement hérité de l’hashtag #labombe.


Un roman corrigé, publié en ligne, publié en papier, et qui reçoit quelques doux retours.


Un repas magique avec une belle amie.


Des rencontres aussi, et un projet pour 2020 qui sera magique.


Et aussi une meilleure connaissance de moi-même, et cette capacité, en cette période de Noël, de me trouver des moments pour moi qui rendront les moments en famille plus beaux (et moins mélancoliques)


Je l’ai sans doute déjà dit ici, dans cette newsletter :


Rien n’est binaire. Rien n’est tout noir ou tout blanc.


Nous arrivons enfin à l’appliquer dans nos écrits et à le voir dans nos lectures, à le deviner dans nos vies politiques aussi. Alors autant l’appliquer à nous-mêmes.


Oui les projets passés n’ont pas été réalisés. Mais tant d’autres choses ont été faites !


Oui on va, comme d’habitude, se projeter vers l’avenir, refaire un bullet journal, faire des plans sur la comète. Mais on saura aussi que si cela change, ce ne sera pas grave.


Alors quels sont mes projets pour 2020, à ce jour et à cette heure-ci, quelques heures avant de passer le Réveillon en famille et d’ouvrir les cadeaux ?


Finir #labombe. Soit relire ce qui a déjà été fait, finir la partie II et écrire la partie III.


Reprendre le coaching ! Yeah !


Refondre mon site pour y intégrer une boutique.


Organiser le Salon FantastiQueer pour le mois de septembre, un salon du livre dédié à l’imaginaire queer.


Et voilà.


Et vous, quels sont vos projets ?


Et qu’avez-vous réalisé cette année, que cela ait été prévu ou non ?

La prochaine newsletter partira ce vendredi 😉

Sex Education : Représentation et droit à l’imperfection

Sex Education : Eric, Ola, Lily et Adam

En ce moment je suis dans une phase « séries télé », et je me suis donc retrouvée il y a trois jours devant Sex Education, série que j’avais réussie à éviter jusque-là. Parce que moi, les séries ados de lycée, ce n’est pas trop mon truc (surtout parce que c’est souvent très raté, ou alors ça parle (mal) de cul tout le temps, avec des personnages qui ne ressemblent pas à des ado)

Bonne surprise donc, Sex Education est une série bien construite, bien castée, bien foutue.

Et qui parle bien de cul, et d’absence de cul, et de problèmes autour du cul, essentiellement des problèmes de patriarcat. Ici on parle de virilité, de démonstration de force, de façade, de peur de la virginité éternelle, de slut-shaming, d’agressions, et d’une incroyable (mais pas si incroyable que ça) ignorance du son propre corps, de comment il marche, de l’entrejambe jusqu’au cœur.

Bref, c’est super bien et les personnages, tous, portent la série avec une profondeur assez chouette, sachant faire passer lae spectateurices du rire aux larmes en une seule scène. En plus il y a des chapeaux en forme de vulve.

Rassurée par le sérieux de la série et son discours sur la sexualité, je me suis retrouvée moins militante et plus fangirl. J’ai eu mes chouchous, les couples ou les personnages pour lesquels je hurle et ceux pour lesquelles je baille.

Puis une fois la série finie je vais sur les réseaux sociaux (essentiellement tumblr) pour cette activité hautement intellectuelle qui est de fangirler.

Et là je me rends compte de quelque chose de très important.

[A partir de là, spoilers sur la série]

Donc beaucoup de critiques sur l’aspect problématique d’une seule relation de la série : Adam et Eric. Soit le vieux trope de l’harceleur et de sa victime, du ennemies to lovers. C’est un trope que personnellement j’apprécie en fiction, mais qui effectivement est pas génial dans une série pour ado qui apporte un message de santé publique (réellement)

Moi, honte et tragédie, c’est mon couple préféré !

Et puis j’ai réfléchi et cela m’a fait revenir sur cette culture du militantisme pur et du rejet des oppressions. C’est quelque chose que j’accepte et que je soutiens quand cela concerne des personnes réelles. « Pas de violeurs dans nos luttes », etc, etc. Mais pas dans la fiction, tant que l’imperfection est montrée pour ce qu’elle est (une imperfection, quelque chose qui n’est pas parfait et qui n’est pas sain), ça va. C’est même le but de la fiction. Ou un des buts de la fiction. Nous écrivons des êtres imparfaits et nous réfléchissons à la manière dont ielles vont survivre aux épreuves que nous leurs infligeons.

Nos personnages sont imparfaits et surtout ils leur arrivent de faire des mauvais choix.

Pourquoi cela serait-il être différent pour une série dite pédagogique et surtout respectueuse comme Sex Education ?

La série reste-t-elle pédagogique malgré le « mauvais choix » d’Eric, de rester avec son ex-harceleur ? Sur l’aspect sexuel oui, sur l’aspect de développement des personnages, ben on est au dernier épisode de la seconde saison, donc à voir pour la suite.

Les personnages sont-ils placés dans une situation irrespectueuse par rapport à ce qu’ils sont ?

Non. Parce qu’iels sont humain·es et qu’iels commettent des erreurs.

Pourquoi Eric, la figure homosexuelle première de la série (mais pas la seule), devrait-il faire un « bon » choix juste parce qu’il est gay ? Pourquoi ne peut-il pas faire les mêmes erreurs que les personnages hétéros de la série (dont certains sont dans des relations toxiques, voir le trio Otis/Maeve/Isaac, et certains dans des relations saines) ?

Pourquoi son personnage devrait-il obligatoirement faire ce qui est censé être le bon choix ? Choisir le gentil garçon intelligent, respectueux, ouvert (et un peu chiant il faut l’avouer), et pas le mauvais garçon ? Est-ce que, parce qu’un personnage est issu d’une minorité, il doit attendre que son crush soit purifié pour le choisir ?

C’est irrationnel. Compréhensible mais irrationnel.

La fiction ne peut pas fonctionner ainsi.

Les personnages sont respectés dans la série : jamais humiliés pour ce qu’iels sont, présentés sous un jour aussi sincère que le peut une série mainstream, tous mis en scène avec la même distance (même si on passe plus de temps avec certains qu’avec d’autres) Leurs choix peuvent interroger, jamais leur personne.

Et c’est bien ça le but d’une littérature, d’une fiction engagée.

Nous ne faisons pas de nos personnages des saints. Surtout pas. Ils peuvent, doivent faire des erreurs. Et peut-être même que ces erreurs seront des réussites.

Et puis flûte tous les personnages de la série font des erreurs. Parce que ce sont des êtres humains qui en plus ont la mauvaise idée d’être des ados ! Et de vivre dans un monde où les jeunes cis hétéros doivent s’abstenir et où les jeunes non cis hétéro n’existent pas (ou existent dans la honte et le danger)

Laissons-les faire des choix qui nous paraissent étranges, voire mauvais, et voyons comment iels s’en sortent. Toutes les histoires ne sont pas des pamphlets d’éducation aux bonnes mœurs. Et c’est tant mieux.

(Bon ceci dit j’espère que dans la prochaine saison nous aurons enfin quelques persos trans et non-binaires, ce serait cool)