Lettre à Alice

Chère Alice,

Je ne lis pas habituellement de livres sur le militantisme lesbien. Cela part d’une espèce de gêne, ou d’un profond malentendu.

J’apparais comme femme, butch même depuis quelques années, avec mes cheveux très courts et mes manières de m’asseoir en prenant toute la place (c’est dû à la fois à mes 100kg bien tassés et à une déconstruction totale de mon éducation de fille, c’est tellement plus agréable de s’asseoir les jambes écartées) Du coup, dans les milieux militants LGBT, il arrive que des femmes flirtent avec moi, ou qu’un libraire bien attentionné souhaite me conseiller tel ou tel livre sur l’ « amour entre femmes » en me faisant un clin d’œil mignon mais à côté de la plaque.

Sauf que voilà, je ne suis ni une femme, ni intéressée par la romance ou le sexe (le flirt, ça dépend, ça me fait tellement rire si toutes les parties sont bien au courant qu’il n’y aura rien à la fin) C’est la découverte de Leslie Feinberg qui a mis plus ou moins un mot sur qui je suis. Une Stone Butch. Je dis aussi ace et non-binaire, dans mes propres définitions. Je ne suis pas très définitions et cases trop imperméables. Ça m’énerve toujours un peu quand on me reprend là-dessus d’ailleurs.

Mais donc voilà, ce malentendu fait que. Je ne comprends pas les lesbiennes et elles me font un peu peur aussi. C’est idiot, c’est subjectif, c’est comme ça. De fait je ne lis pas non plus beaucoup d’autres auteurs et autrices militants : je n’arrive pas à lire Preciado, j’ai du mal à finir Sam Bourcier (que pourtant j’adore), je ne comprends rien aux livres de Buthler (mais quelle classe en interview)

Et puis mon truc à moi, en fait, c’est l’imaginaire.

Quand je n’ai plus pu jouer au foot, la grande séparation filles/maison et garçon/dehors se faisant vers l’âge de huit ou neuf ans, j’ai bien dû trouver autre chose pour m’occuper. Seule, vu que mon frère jouait au foot en club. J’ai lu.

Beaucoup, tout le temps, sans jamais m’arrêter.

Il y a d’autres choses, bien entendu, qui ont amené ce goût pour l’imaginaire, pour les mots, les livres. Ces derniers ne sont pas dangereux, et quand ils ne vous plaisent pas, on peut les refermer. Alors que les hommes… Je me sens plus en sécurité devant un film d’horreur que seule avec un homme. Encore maintenant d’ailleurs, même si avec l’âge, le poids, l’indifférence, ça va mieux. Mais quand même.

Chère Alice, j’ai donc lu ton livre.

Enfin je suis en train, je ne l’ai pas tout à fait fini encore.

J’aimerai te remercier.

Chère Alice, il y a un an maintenant j’ai lancé, rejointe par quelques autres, une rencontre entre auteurices et lecteurices de l’imaginaire queer.

Je ne sais si tu peux imaginer la joie un peu idiote quand j’ai lu il y a des années le mini space opera de Kevin Saad, « Cosmoqueer ». Quel beau nom pour un récit très campy blindé d’extra-terrestres drag queen et de cyborg body buildés. Mes amies ont eu Willow, dans « Buffy », mes amis ont pu avoir leurs premiers émois avec Anne Rice ou « Final Fantasy ».

S’évader pour se trouver.

C’est ce que font énormément d’hommes que l’on salue aujourd’hui. Ceux qui se sont mariés à leurs bateaux, laissant femmes et enfants à terre pour se perdre dans les océans. Ceux qui vont à la recherche d’un animal légendaire au cœur de l’Himalaya, mais sont incapables de prononcer le mot homosexuel quand ils construisent un podcast estival sur Arthur Rimbaud. Ces hommes-là tu les connais aussi. On les acclame et tant mieux pour eux.

Nous aussi nous avons le droit de sortir des drames et des théories qui n’en finissent pas d’évoluer, pour nous évader. C’était le vœu de ce salon, quelque chose de bien inoffensif en somme, comme de jouer au foot en club, comme de se grimer d’une barbe au théâtre.

Nos corps queer sont politiques et j’utilise queer à escient. Ils sont multiples, différents, toujours trop féminins ou masculins, ou pas assez, jamais dans la norme voulue. Pour l’un tu es tellement masculine que tu es forcément un homme, mais un homme sans couille. Pour l’autre tu es trop féminine et c’est du gâchis si tu es une femme cis mais pas hétéro, un danger si tu es une femme trans. Rien ne leur conviendra jamais.

Gagner une coupe du monde de foot est une insulte.

Porter une barbe et débarquer dans n’importe quel colloque est une insulte.

Créer un salon de l’imaginaire est une insulte.

Merci Alice.

Tu as mis de bons mots sur une pensée qui ne cesse de se défendre alors qu’elle devrait juste être.

Des personnes, des hommes surtout, que nous pensions être des amis, eux aussi ayant passé leurs enfances et adolescences dans des vaisseaux spatiaux et se battant à l’épée, eux aussi ayant dû lutter pour faire accepter une culture considérée encore comme vide, enfantine, capitaliste, à quelques exceptions près, ces amis-là se sont retrouvé à critiquer, juger, menacer.

Ce n’est pas de l’indifférence ou de la colère que j’ai eu face à eux. Mais un profond sentiment de trahison.

Et pourtant nous étions là et nous le serons encore l’année prochaine, à construire, à révéler, parce que c’est bien de révélation dont on peut parler, l’imaginaire queer. Cet imaginaire qui ressemble aux autres tout en étant profondément, intrinsèquement différent.

Chère Alice, nous sommes à un âge, depuis quelques années maintenant, où le trans-humanisme et le cyber(punk) nous affolent et nous angoissent. Je n’ai jamais eu peur de ces deux thèmes, même quand je ne savais pas que des mots existaient pour définir ces concepts.

Quand ton propre corps ne correspond pas à la norme, il devient nécessaire, vital de vouloir le changer.

Quand ta propre réalité nie ton existence, il devient nécessaire, vitale de t’en construire une autre.

Personne dans la communauté queer et trans n’a été étonnée de la transidentité des sœurs Wachowski.

Quand l’imaginaire nous offre l’imagination, pourquoi rester sur des concepts hérités de Joseph Campbell, pourquoi rester sur le héros, figure mythique entre l’enfant incapable et le bon père de famille raisonnable et généreux ?

À partir du moment où elles ont appris à écrire, à lire, à parler, à jouer, à hurler, les femmes et les personnes non binaire et trans et queer, ont voulu se réapproprier ces figures, ces mots, ces règles grammaticales qui posent encore aujourd’hui le mur infranchissable du « masculin l’emporte sur le féminin » comme « le chevalier sauve la princesse ».

Chère Alice, nous étouffons.

Il y a un film particulièrement qui a enclenché, comme d’autres films, comme d’autres livres, certaines circonvolutions de mon cerveau de bébé queer. J’avais dix-sept ans et je découvrais Kate Winslet sur grand écran. Elle avait mon âge. Ce n’était pas dans « Titanic » mais dans un film réalisé par un homme alors peu connu en dehors des cercles très fermés du cinéma de genre néo-zélandais, Peter Jackson.

Dans « Créatures Célestes » (un titre qui va si bien avec nos corps car le Ciel est constitué de freaks) Kate partage l’écran avec Mélanie Linksey, actrice qu’on reverra plus tard dans « But I am a cheerleader » et quelques épisodes de « The L Word » Les deux lycéennes se trouvent, s’attirent, développent une « forte amitié », l’expression clé qui ne veut rien dire et sert de cache-sexe, littéralement, au lesbianisme. Le personnage de Mélanie étouffe donc dans une société uniformisée, et elle crée un monde parallèle, où les hommes, sous la figure d’Orson Welles, sont à la fois fiancés, pères et prédateurs.

L’étouffement et la peur de ces deux jeunes filles, je les ai, comme tant d’autres, vécues pendant si longtemps. Et comme ces deux jeunes filles, c’est par l’imagination que je respire.

On nous accuse de communautarisme.

Les mêmes personnes qui s’infligent des définitions ultra précises pour distinguer l’héroïc-fantasy de la high-fantasy de la dark-fantasy, et de centaines d’autres genres de niche, les mêmes qui se sont créé des clans, des groupes fermés sur internet où personne n’a le droit d’entrer sauf à présenter son diplôme de master ès science-fiction (et une paire de couilles aussi), ces mêmes nous reprochent de nous isoler. De mettre de la politique dans un genre qui en serait totalement dépourvus.

Et deux tweets plus loin ils dénonceront dans un même mouvement la « cancel culture » à coup d’Orwell. Auteur d’une littérature de Schrödinger, à la fois politique et non politique.

À se cramer les neurones pour tenter de les comprendre. Mais en a-t-on vraiment envie ?

J’ai presque pleuré en lisant les pages que tu écris sur la communauté, sur cette dénonciation par les dominants, à corps et à cris, de nos isolements volontaires. C’est exactement cela. Vous acceptez que nous soyons avec vous mais seulement sous la forme dont vous décidez ; si nous ne pouvons pas être avec vous parce que nos formes ne vous plaisent pas, nous n’avons pas la possibilité non plus de nous regrouper entre nous. Nous devons rester des âmes en peine jusqu’à rentrer dans le droit chemin. Vous souhaitez notre isolement, mais pas que nous nous reconnaissions entre nous.

Ils ne souhaitent pas que nous nous reconnaissions entre nous.

Alors que nous voyons tellement plus loin qu’eux. Nous n’avons pas été surpris de la transidentité des Sœurs Wachowski, comme tu n’as pas été étonnée du lesbianisme de Kristen Stewart.

Et nous devrions limiter et taire, surtout taire, nos super visions pour ne pas les froisser ?

Jamais.

Ou plutôt : plus jamais.

Chère Alice, si tu as un peu de place aux Out d’Or, j’ai plein de personnes à te présenter. Des autrices, des auteurs, des militants et militantes qui se servent de l’imaginaire pour exprimer leurs identités et reconstruire le monde autour de nous. Des artistes qui étouffent dans la paupérisation des écrivains et écrivaines, par le gatekeeping des maisons d’éditions, devant l’énième film de science-fiction produit par un harceleur notoire d’où nous serons encore absent·es.

Chère Alice, je pourrais te faire rencontrer Stéphanie Nicot, qui porte tellement de casquettes que je ne sais où elle trouve le temps de tout faire, Fédération LGBT, Imaginales, directrice de collection.

Te présenter Sabrina Calvo ou Luvan, qui tordent et retordent encore écriture, genres et genres dans leurs écrits, jusqu’à ce qu’il n’en reste que ces beaux corps qui ont laissé derrière eux le patriarcat et la binarité de notre société.

Te faire prendre un café avec des auteurices qui s’intéressent à la jeunesse, Noëlle Stevenson aux Etats-Unis ou Cordelia ici, parce qu’ielles savent à quel point les enfants, aussi, surtout, ont besoin de figures, de lesbiennes qui sauvent le monde.

Chère Alice, je te souhaite tout le courage du monde et tu n’en manques pas.

Chère Alice je te remercie encore pour ton livre, qui m’aura au moins permis d’écrire cette lettre, et de mettre des mots sur ce qui me construit depuis des années.

Queerement,

C. M. Deiana.

Judith Butler et la « cancel culture » ?

Ce matin est sorti sur le média britannique Newstateman un entretien avec Judith Butler, philosophe et théoricienne des études de genre, avec notamment son essai Trouble dans le Genre paru il y a une trentaine d’années.

L’entretien est donc en anglais, et , bénéficiant de temps aujourd’hui (par je ne sais quel miracle), j’ai décidé de le traduire.

J’émets cependant quelques avertissements, puisque je ne suis pas traductrice pro (j’ai juste un niveau plutôt correct en anglais) Le texte ci-dessous contient donc sans doute des tournures de phrase un peu bizarres, et des erreurs de traduction (j’ai aussi fait le choix de traduire « droite [US] » par « extrême-droite », sorry not sorry)
Je vous invite d’ailleurs à apporter vos remarques et corrections en commentaire, afin de pouvoir offrir aux lecteurs et aux lectrices le texte le plus propre possible.

Il va sans dire qu’il s’agit d’un travail entièrement bénévole.

Alona Ferber : Dans Trouble dans le genre, vous écrivez que « le féminisme contemporain s’interroge sur les définitions du genre conduisant à maintes reprises à un certain sentiment de trouble, comme si l’indétermination du genre pouvait finir par aboutir à l’échec du féminisme ». Dans quelle mesure les idées que vous avez explorées il y a 30 ans peuvent aider à expliquer comment le débat sur les droits trans s’est déplacé au centre des débats culturels et politiques mainstream ?

Judith Butler : Je veux d’abord demander si les terfs sont vraiment assimilables aux féministes mainstream. Si vous pensez que les deux se confondent, alors la position féministe s’opposant à la transphobie devient une position marginale. Je pense que cela peut être faux. Je parie que la plupart des féministes soutiennent les droits trans et s’oppose à toute forme de transphobie. Du coup je trouve inquiétant que soudain les positions terf sont comprises et assimilées comme mainstream. Je pense qu’il s’agit en fait d’un mouvement de marge qui cherche à parler au nom de la majorité, et qu’il est de notre responsabilité de refuser que cela arrive.

AF : Un exemple de ces discussions mainstream sur ce sujet, en Grande-Bretagne, est le débat pour laisser les personnes s’identifier elle-même en matière de genre. Dans une lettre ouverte qu’elle a publiée en juin, JK Rowling a mis en avant son inquiétude que cela « ouvrira la porte des toilettes et des vestiaires à tout homme qui crois ou qui se ressent femme », mettant potentiellement en danger les femmes.

JB : Si on s’attache précisément à cet exemple que vous qualifiez de “mainstream”, nous pouvons voir qu’il s’agit d’un fantasme, celui-ci dévoilant plus une féministe qui expose ses peurs plutôt qu’une situation existant réellement dans les vies trans. Une féministe qui porte une telle vision présume que c’est le pénis qui définit la personne, et que toute personne avec un pénis qui s’identifierait femme le ferait afin de pouvoir pénétrer dans ces vestiaires et terroriser les femmes à l’intérieur. Cela suppose que le pénis est la menace, et que toute personne avec un pénis s’identifiant femme s’engage dans une forme de déguisement basique, trompeur et violent. Il s’agit d’un énorme fantasme, et un fantasme né de peurs puissantes ; mais qui ne décrit pas la réalité. Les femmes trans sont souvent discriminées dans les toilettes masculines, et leurs manières de s’auto-identifier sont les moyens de décrire une réalité vécue, une réalité qui ne peut être visée et régulée par des fantasmes qu’on applique sur elles. Le fait que de tels fantasmes passent pour des arguments de notoriété publique est en soi alamant.

AF : J’aimerai vous interroger sur le terme “terf”, ou trans-exclusionary radical feminist, qui est vécu par certain comme une injure.

JB : Je n’étais pas au courant que le mot terf soit utilisé comme une injure. J’aimerai savoir comment se désignent des féministes auto-proclamée qui souhaitent exclure les femmes trans des espaces féminins ? Si elles favorisent l’exclusion, pourquoi ne pas les appeler « exclusionary » ? Si elles s’identifient elles-mêmes comme appartenant à un courant du féminisme radical qui s’oppose à la réassignation de genre, pourquoi ne pas les appeler « radical feminists » ? Mon seul regret est il y a eu un mouvement radical de libération sexuelle qui a un jour été identifié comme féminisme radical, mais cela s’est malheureusement transformé en une campagne de pathologisation des personnes trans et non-binaires. Mon sentiment est que nous devons renouveler les engagements féministes vers l’égalité des genres et la liberté de genre afin d’affirmer la complexité des vies genrées ainsi qu’elles sont vécues actuellement.

AF : Le consensus au sein des progressistes semble que les féministes qui sont du côté de JK Rowling sont du mauvais côté de l’histoire. Est-ce juste, où y-a-t ’il quand même de la vérité dans leurs arguments ?

JB : Soyons clair déjà que le débat ici n’est pas entre les féministes et les activistes trans. Il y a des féministes pro-trans, et beaucoup de personnes trans sont aussi engagées dans le féminisme. Donc un des problèmes majeur est de considérer que le débat est entre les féministes et les personnes trans. Ce n’est pas le cas. Une des raisons de militer contre cette vision est que l’activisme trans est lié à l’activisme queer et à l’héritage féministe qui y reste très vivant aujourd’hui. Le féminisme a toujours été lié à l’argument que le sens social sur ce que c’est que d’être un homme ou une femme doit être repensé. Nous racontons les histoires de ce qu’a signifié d’être une femme en certains temps et certains lieux, et nous analysons les transformations de ces catégories au fil du temps.

Nous dépendons du genre comme catégorie historique, et cela veut dire que nous ne connaissons pas encore toutes les significations qu’il peut porter, et que nous sommes ouverts à d’autres compréhensions de sa signification sociale. Ce serait un désastre pour le féminisme de retourner à une définition strictement biologique du genre ou de limiter une construction sociale à une partie du corps, ou d’imposer des fantasmes, des anxiétés personnelles, aux femmes trans… Leur persévérance et leur sens réel du genre doivent être reconnus socialement et publiquement comme le simple fait d’accorder sa dignité à un être humain. Les positions terf attaquent la dignité des personnes trans.

AF : Dans Trouble dans le genre, vous vous demandez si, en cherchant une représentation particulière des femmes, les féministes ne participaient pas aux mêmes dynamiques d’oppression et d’hétéronormativité qu’elles cherchent à renverser. A la lumière des discussions amères qui se jouent actuellement au sein du féminisme, est-ce que cette question s’applique encore ?

JB : De mon souvenir de l’argument de « Troubles dans le genre » (écrit il y a plus de trente ans), le point était tout à fait différent. Premièrement, une personne n’a pas à être une femme pour être féministe, et nous ne devrions pas confondre ces catégories. Des hommes qui sont féministes, des personnes non-binaires et trans qui sont féministes, font partie du mouvement si elles se tiennent aux propositions de base de liberté et d’égalité qui font partie de tout combat politique féministe. Quand des lois et des politiques sociales représentent des femmes, elles le font sur le choix tacite de qui compte comme étant femme ; et le plus souvent elles font des suppositions sur ce qu’est une femme. Nous avons vu cela dans le domaine des droits reproductifs. Donc la question que je pose alors est la suivante : avons-nous besoin d’une idée fixe de ce que sont les femmes, ou n’importe quel genre, afin de pouvoir atteindre des buts féministes ?

Je pose la question ainsi pour rappeler que les féministes sont dans l’obligation de penser à la diversité et aux évolutions historiques de la notion de genre, et aux idéaux de la liberté de genre. Par liberté de genre, je ne parle pas du fait que nous devions tous choisir notre genre. Mais plutôt que nous devons établir une revendication politique de vivre librement et sans peur de discrimination et de violence à l’égard du genre auquel nous appartenons. Beaucoup de personne qui ont été assignées « femme » à la naissance ne se sont jamais senti à l’aise avec cette assignation, et ces personnes (dont je fais partie) nous disent à tous et toutes quelque chose d’important à propos des contraintes des normes de genre traditionnelles qui touchent tous ceux et celles qui n’y correspondent pas.

Les féministes savent que les femmes qui ont de l’ambition sont désignées comme « monstrueuses » ou que les femmes qui ne sont pas hétérosexuelles sont pathologisées. Nous combattons ces représentations parce qu’elles sont fausses et qu’elles reflètent plus la misogynie de ceux et celles qui en utilisent les caricatures que la complexité sociale de la diversité des femmes. Les femmes ne devraient pas s’engager dans des formes de caricatures phobiques dont elles sont traditionnellement les victimes. Et par « femmes » je pense à toutes celles qui s’identifient ainsi.

AF : Dans quelle mesure la toxicité sur cette question joue-t-elle dans les guerres culturelles qui se jouent en ligne ?

JB : Je pense que nous vivons dans des temps anti-intellectuels, et cela est évident à travers le spectre politique. La rapidité avec laquelle les réseaux sociaux permettent une forme de vitriol ne supporte pas vraiment les débats approfondis. Nous devons chérir des formes plus lentes.

AF : Les menaces de violences et d’abus apparaissent comme amenant ces « temps anti-intellectuels » à un extrême. Qu’avez-vous à dire sur les langages violents et abusifs menés en ligne à l’égard de personnes comme JK Rowling ?

JB : Je suis contre les abus de toute sorte. J’avoue cependant être perplexe par le fait que vous pointez l’abus contre JK Rowling, mais que vous ne parlez pas de la bus contre les personnes trans et leurs allié·es qui ont lieu en ligne et dans la réalité. Je suis en désaccord avec les vues de JK Rowling sur les personnes trans, mais je ne pense pas qu’elle devrait souffrir de harcèlements et de menaces. Rappelons-nous juste des menaces contre les personnes trans dans des pays comme le Brésil, du harcèlement des personnes trans dans la rue ou sur leur lieu de travail en Pologne ou en Roumanie – ou même ici aux Etats-Unis. Donc si nous sommes victimes de harcèlement et de menaces, et nous le sommes, nous devrions aussi considérer la totalité du tableau d’où cela arrive, de qui en est profondément affecté, et si cela est toléré par des personnes qui devraient y être opposées. Cela n’apportera rien que des menaces envers certaines personnes soient tolérables mais envers d’autres personnes non.

AF : Vous n’étiez pas signataire de la tribune sur la « cancel culture » parue dans Harper’s cet été. Mais est-ce que ces arguments résonnent en vous ?

JB : J’ai des sentiments partagés sur cette tribune. D’un côté, je suis enseignante et écrivaine et je crois en un débat lent et approfondi. J’apprends en étant confrontée et contestée, et j’accepte que j’ai pu faire des erreurs significative dans ma vie publique. Si quelqu’un alors disait que je ne devrais pas être lue ou écoutée à cause de ces erreurs, eh bien je désapprouverais intérieurement, puisque je pense qu’aucune erreur faite par une personne ne peut, ni ne devrait, la définir en son entier. Nous vivons dans le temps ; nous hésitons, des fois sérieusement ; et si nous sommes chanceux, nous évoluions précisément parce que ces interactions nous permettent de voir les choses différemment.

D’un autre côté, certains de ces signataires visent Black Live Matter comme si une opposition bruyante et publique au racisme était en soit un comportement barbare. Certains d’entre eux s’opposent aux droits de la Palestine. D’autres ont commis des agressions sexuelles. Et encore d’autres ne souhaitent pas que l’on discute de leur racisme. La démocratie demande un défi, et celui-ci ne se passe pas toujours gentiment. Donc je ne suis pas en faveur de neutraliser les demandes politiques fortes de justice de la part des personnes discriminées. Quand quelqu’un n’a pas été entendu pendant des décennies, le cri pour la justice est forcément bruyant.

AF : Cette année vous avez publié La Force de la Non Violence. Est-ce que le concept d’ « égalité radical » dont vous discuter dans le livre peut se rapprocher du mouvement féministe ?

JB : Mon point dans cet ouvrage récent est de suggérer de repenser l’égalité en termes d’interdépendance. Nous avons tendance à dire que deux personnes doivent être traitées de la même façon, et nous constatons que l’égalité a été atteinte ou non en comparant des cas individuels. Mais et si l’individu – et l’individualisme – était une partie du problème ? Cela fait une différence de nous comprendre comme vivant dans un monde où nous dépendons fondamentalement les uns des autres, dans les institutions, sur Terre, et de voir que cette vie dépend d’une organisation de soutien de formes de vie variées. Si personne n’échappe à l’interdépendance, alors nous sommes égaux dans un sens différent. Nous sommes également dépendants, c’est-à-dire à la fois socialement et écologiquement, et cela signifie que nous cessons de nous comprendre seulement comme des individus uniques. Si les terfs se comprenaient comme partageant un monde avec les personnes trans, dans un combat commun pour l’égalité, la libération des violences, et pour la reconnaissance sociale, il n’y aurait plus de terfs. Mais le féminisme survivra certainement à des pratiques collégiales et à des visions solidaires.

AF : Vous avez parlé du retour de bâtons envers « l’idéologie du genre », et avez écrit un essai pour le New Statesman en 2019. Voyez-vous des rapprochements entre cet état et les débats actuels sur les droits trans ?

JB : Il est douloureux de voir que la position de Trump sur le genre est définie par le sexe biologique, et que les efforts des évangélistes et catholiques d’extrême-droite pour effacer le « genre » de l’éducation et des politiques publiques s’accordent avec le retour des terfs à l’essentialisme biologique. C’est un jour triste quand certaines féministes promeuvent les positions idéologiques anti-genre des forces les plus réactionnaires de notre société.

AF : Qu’est-ce que qui, selon vous, pourrait débloquer cette impasse du féminisme sur les droits trans ? Qu’est-ce qui pourrait mener à un débat plus constructif ?

JB : Je suppose qu’un débat, s’il était possible, aurait à reconsidérer les manières dont la détermination médicale du sexe fonctionne par rapport à la réalité vécue et historique du genre.

« Hollywood », ou l’importance de l’uchronie

La nouvelle mini-série de Ryan Murphy (Glee, American Horror Story, entre autres, et producteur de Pose) est arrivée sur Netflix aujourd’hui. Ça s’appelle Hollywood et il s’agit d’une… uchronie.
Une uchronie, c’est un genre narratif appartenant à la science-fiction, qui prend un élément du passé et le modifie légèrement pour transformer l’Histoire. Pas besoin de sciences dures, genre une invention comme dans le steampunk ; pas même besoin d’une guerre perdue qui aurait été gagnée, non.
Ici, il suffit de donner un AVC à un producteur hollywoodien dans années 50 et que sa femme, toujours mise dans l’ombre, prenne les commandes.
Mais commençons par le commencement et par quelques jeunes gens… Il y a Jack, jeune homme venu à Los Angeles avec sa femme pour devenir acteur ; mais les sous manquent et il finit par être employé dans une station service un peu spéciale. Il y a Archie, scénariste noir et homosexuel, qui désespère de trouver quelqu’un pour acheter ses histoires sans qu’il soit obligé de faire une fiction « de noir ». Il y a Raymond, réalisateur qui n’a pas encore réalisé, et sa femme, qui ne peut pas être son épouse, Camille, qui aimerait bien décrocher d’autres rôles que ceux de la bonne noire. Il y a Rock Hudson, acteur dans le placard qui ne va pas attendre d’avoir le SIDA pour s’outer (1985 dans la vraie vie)
Et tous ces talents vont réaliser un film. Malgré tout.
Parce que si l’uchronie se fonde sur cette création là, ce qu’il y a autour (soyons claire : la masse de mecs blancs homophobes et racistes qui dirigent autant le monde que Hollywood) n’est ni gentil, ni bisounours.
Hollywood ne raconte pas une histoire vraie, mais une histoire probable, dans toutes ses suspensions de crédulité. Et sincèrement, ça fait un foutu BIEN.
Parce quand les minorités doivent raconter leurs histoires, elles sont dramatiques, elles donnent envie de pleurer. Parce que la domination constante d’une caste (homme blanc hétéro et bourgeois) n’offre pas des passés resplendissants.
Et là Ryan Murphy nous offre une sucrerie, un bonbon avec des acidités sublimes (la participation de Queen Latifah dans le rôle de Hattie McDaniel, actrice oscarisée pour Autant ne emporte le vent qui avait du passer la soirée des Oscars dans le couloir parce qu’elle ne devait surtout pas s’asseoir au milieu des blancs, est magistrale) mais un bonbon qui sent bon la satisfaction, la colère optimiste et une sacrée bon sang de colère.

Bref, regardez Hollywood.

PS : comme dans toutes les séries de Ryan Murphy, il y a des moments un peu moyens, mais bon, je l’aime cet homme, je n’y peux rien.

FdL : Opération Pantalon – Cat Clarke

Titre : Opération Pantalon.
Auteurs : Cat Clarke
Année : 2017.
Editeur : Robert LAffont Jeunesse.

L’uniforme, oui ! La jupe, non ! Liberté, égalité, pantalon !
Liv (ne l’appelez pas Olivia, il déteste ça) sait depuis toujours qu’il est un garçon et non une fille, mais le règlement très strict de son collège en matière d’uniforme lui interdit de porter un pantalon. Il lui faudra donc porter des jupes.
Commence alors l’Opération Pantalon. La seule manière pour Liv d’obtenir ce qu’il veut, c’est de mener la bataille lui-même. Et il ne compte pas seulement changer les règles : il veut changer sa vie, un combat loin d’être gagné d’avance !

Mon avis
Lu dans le cadre des lectures LGBT de Mx. Cordelia, j’ai beaucoup aimé ce roman.
Il évite beaucoup de défaut et maladresses des livres dont les héros sont trans : le héros se genre uniquement en masculin (le roman est à la première personne), il explique sa certitude absolue de son genre, et le mot transgenre est écrit et prononcé sans détour. J’ai beaucoup apprécié cette justesse.
J’ai également apprécié la solidité du personnage principal, sa lâcheté qui n’est que celle d’un gamin de douze ans. Eh oui, Liv est en cinquième, première année de collège aux Etats-Unis. Il décrit le sexisme ordinaire, et son histoire ne s’embarrasse pas de romance. Ce n’est pas le sujet.
On sent vraiment que l’autrice sait écrire les mômes (j’aime particulièrement le petit frère Enzo) et les femmes (mes mères de Liv et Enzo sont justes)
Une jolie réussite.

FdL : Ce qui vient la nuit – Julien Batan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride

Titre : Ce qui vient la nuit.
Auteurs : Julien Bétan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride (Ill.)
Année : 2019.
Editeur : Les Moutons Electriques.

Plonger l’épée au cœur des ténèbres, voilà le serment de Jildas lors de son départ en croisade.
Lorsqu’il revient en Bretagne, il découvre que sur ses propres terres, les légendes du vieux monde sont encore là, nichées dans les forêts. Accompagné de Marie de France, une poétesse aux mots aussi acérés que sa lame, il traquera les loups qui ont pris forme d’homme.

Mon avis
Un de mes achats du Salon du Livre l’année dernière, il me semble, Ce qui vient la nuit est une découverte en soi. Si l’histoire n’est pas originale, elle se construit sur la forme de la nouvelle (voire de la courte novella), laissant les références de fantasy dula lecteurice faire des ponts et construire un monde médiéval solide et effrayant.
Et il y a les illustrations.
Mes flash-backs et certaines scènes d’action sont entièrement dessinés, en ombres et découpages, tricolores, noir, blanc et jaune, jeu sur les coupes, les coups de pinceaux, à la limite de l’abstraction… et d’une efficacité terrible.
Une très grande réussite.
Magnifique.

FdL : Le Sexisme, une affaire d’hommes – Valérie Rey-Robert

Le Sexisme, une affaire d’hommes – Valérie Rey-Robert

Titre : Le Sexisme, une affaire d’hommes.
Autrice : Valérie Rey-Robert
Année : 2020.
Editeur : Libertalia.

« Les violences patriarcales sont le produit d’un système de croyances dans lequel les hommes doivent dominer. La masculinité est partout liée au pouvoir et au contrôle ; les garçons l’apprennent dans leurs familles, par les médias, leurs copains, les jeux, le sport. Et tout en apprenant qu’il faut être fort et puissant, ils apprennent aussi que ce qui est féminin vaut moins que ce qui est masculin. »

« On ne naît pas homme, on le devient. »
C’est en partant de ce postulat que Valérie Rey-Robert analyse la construction du genre. Selon elle, le principal problème des violences faites aux femmes est la virilité. Elle nous invite à nous questionner sur la socialisation des garçons et des filles, sur la masculinité et sa violence inhérente, sur nos stéréotypes de genre.
Il appartient de déviriliser nos sociétés, pour que les hommes cessent de tuer leurs compagnes et leurs enfants, qu’ils cessent de se tuer entre eux, qu’ils cessent de s’automutiler. Ceci ne pourra passer que par un grand travail de prise de conscience et d’éducation.
Une problématique qui nous engage toutes et tous.

Mon avis
Le nouvel essaie de synthèse de Valérie Rey-Robert arrive un an après La Culture du viol à la française. J’étais très intriguée par la forme que pouvait prendre un ouvrage à destination des hommes cis, de la part d’une militante féministe (comme moi)
L’autrice fait part de sa difficulté à écrire un chapitre entier de conseils, alors que tout ce que l’on a envie de dire aux hommes cis c’et de se taire et d’écouter. Je pense en fait que out le livre a dû être difficile à écrire, tant il faut revenir sur des choses qui sont dites et répétées depuis des années. Qu’il y a cette impression qu’avec tous ces efforts, peu liront, écouteront, comprendront et, surtout, appliqueront.
Ceci dit cet ouvrage est une somme nécessaire, aussi synthétique que le premier. Et qui reste, et je remercie l’autrice pour cela, dans le champ général et, quand il s’agit d’aller plus au détail, sur les hommes cis hétéro et blancs. Parce que s’il manque encore (peut-être) l’ouvrage sur la masculinité toxique et le virilisme en milieux racisés (relire Colère Noire de Ta-Nehisi Coates à ce propos) ou en milieu homosexuel, ce n’est pas la place de l’autrice de s’y pencher (et ce n’est pas, pour le premier cas, la mienne de le critiquer)
En résumé un livre indispensable, bourré de référence, indispensable.
Il est disponible en format papier et numérique (indispensable en ces temps de confinement) sur le site de l’éditeur.

Table ronde autour de l’intersectionnalité

Bonjour à tous et toutes,

Hier j’ai eu l’honneur d’être invitée à une table ronde autour de l’intersectionnalité, organisée par une amie et la Médiathèque Sud de Strasbourg. Le terme « intersectionnalité » était utilisé dans son sens large afin de pouvoir être défini en début de débat au public pas forcément déconstruit, avec les limites et les précisions qu’il se doit.

Les trois heures pleines ont été très intéressantes et surtout je voudrai aujourd’hui simplement rappeler ici certaines références dont j’ai pu parler lors de cet événement, ainsi que vous présenter trois des cinq autres militant·es qui étaient également invité·es (dont une malheureusement absente)

Lucie Larousse est illustratrice, connue sur les RS pour une animation sur la grossophobie réalisée il y a quelques années. Son instagram d’illustratrice est ici. Elle est également performeuse drag queen sous le nom de Madame de Grognasse. Et la capture vidéo qu’elle nous a montrée était fort réjouissante !

Evan Nguyen est artiste performeur. Il interroge les notions de genres, d’orientation sexuelle, les dynamiques dominants/dominés au sein des couples, et les dynamiques raciales. Il a également participé en tant que cadreur au court-métrage de Marina Bertheley Vision 2.0.

Celinextenso, co-fondatrice des Dévalideuses, militent sur l’autonomie des femmes handicapées. Céline n’a malheureusement pas pu être parmi nous.
Allez voir notamment le blog, avec des conseils pour les personnes valides.

Voici ensuite les ressources dont nous avons pu parler hier (liste non exhaustive) :
– Le site de baf(f)e, base de données féministes ;
– Le site de Crêpe Georgette, tenu par Valérie Rey-Robert ;
La Culture du Viol et Le Sexisme, une affaire d’hommes, de Valérie Rey-Robert ;
Vivre Avec, chaîne youtube de Mathieu ;
Nkali Works et le twitter @blackaviel ;
Gras Politique ;
– Bande annonce de I am not your negro, de Raoul Peck, sur William Baldwin ;
Ma Vie en Gros, de Daria Marx, en replay sur France Télévisions ;
Planète Diversité, site d’archivage de livres dits « de la diversité ».

Il existe sans doute tellement plus de ressources, allez-y 🙂
Merci à Hélène, Anny, Agnès, Evan, Lucie, et Céline que j’aurai aimé rencontrer également.

FdL : Woman World – Aminder Dhaliwal

Woman World – Aminder Dhaliwal

Titre : Woman World.
Autrice : Aminder Dhaliwal. [trad. Clémentine Beauvais]
Année : 2020.
Editeur : La Ville Brûle.

Woman World est la première BD de l’autrice canadienne Aminder Dhaliwal, qui a frappé fort en proposant une œuvre extrêmement originale, drôle et féministe, qui suscite le rire autant que la réflexion.
L’action se déroule dans le futur, alors que les hommes ont progressivement disparu de la surface de la Terre et que les catastrophes écologiques s’enchaînent. Nous suivons la vie d’une communauté de femmes qui vivent, aiment, créent, font des blagues, travaillent, s’inquiètent de leur survie et de celle de l’humanité, fouillent les décombres du monde d’avant à la recherche des traces de la culture du XXIe siècle… Parmi elle une mairesse nue, une grand-mère qui a connu la vie avec les hommes, une doctoresse, une poétesse, une petite fille conçue par FIV, et plusieurs autres voix qui s’entremêlent pour former cet étonnante BD chorale. Woman World est plus qu’une BD hilarante, c’est aussi un conte philosophique audacieux qui manie brillamment (et avec beaucoup de subtilité) les concepts féministes, une métaphore de notre inertie face à l’urgence climatique… et un hommage à la pop culture du XXIe siècle.

Mon avis.
Donc une maison d’édition que j’adore sort un comics sur l’apocalypse, avec que des femmes, un une esthétiques de couverture proche de Adventure Time ? En plus on est en pleine semaine avant les Césars, je fais des grosses rechutes de déprimes parce que je sais ce qui va arriver le vendredi et que j’en suis déjà malade (ça n’a pas louper). Alors j’achète le bouquin.
Et vendredi, je commence à le lire. Je le finis samedi.
Et je fond dans un univers de douceur bonbon, un monde post apo où l’on s’interroge de temps en temps sur la disparition des hommes, mais pas tant que ça, où on applaudit à la redécouverte d’une usine de Dragibus, où les amours et les déprimes sont toujours là, où on sait qu’il est dangereux de rentrer seule le soir, mais on ne sait plus trop pourquoi.
C’est magistral, c’est mignon, c’est tout doux, c’est lisible par tout le monde, à tout âge, même si certaines réflexions légères arrivent en sous-texte.
Vraiment une très belle pépite, une SF douce et jolie, comme on en aimerait plus souvent.

Fdl : Le Garçon et la ville qui ne souriait plus – David Bry

Le Garçon et la ville qui ne souriait plus – David Bry

Titre : Le Garçon et la ville qui ne souriait plus.
Autrice : David Bry.
Année : 2019.
Editeur : Lynks.

Romain fuit chaque nuit sa demeure bourgeoise et confortable, pour rejoindre la Cour des Miracles où vivent les anormaux – fous, difformes, obèses, et autres parias parqués là par les Lois de l’Église. Le soir de ses quinze ans, il découvre qu’un terrible complot vise les habitants de la Cour.
Des coupe-gorges de Mouffetard aux ruines de Notre-Dame, il devra compter sur son ami Ambroise, sur Joséphine, Lion et Akou, pour lever le voile sur la conjuration et échapper aux terribles Lames Noires, à la solde de l’archevêque de Paris.
Dans un monde assombri par la peur et l’intolérance, le salut peut-il venir de quelques adolescents en quête d’amour et de liberté ?

Une réflexion sur l’adolescence et la difficulté d’être soi
Un hymne à la liberté et à la différence
Suspens et romantisme dans un Paris inspiré de celui de Notre-Dame-de-Paris.

Mon avis.
J’étais passée devant ce livre à plusieurs reprises (la couverture et le tire sont assez fascinant je trouve), et il m’a fallu une recommandation pour enfin l’acheter.
Je me suis retrouvée dans un Paris que je connais bien, pour avoir dévoré Hugo et Zola dans mes jeunes années. Bien que d’un ton et d’un style YA (ce n’est pas une critique), les influences se sentent, notamment de Hugo, avec cette cour des miracles à laquelle nous nous sommes tant identifié. Ici pas de belle fausse Espagnole, mais des grosses, des géants, des nains, des bossus, des gens hors de la norme. De ceux dont la société n’apprécie pas qu’ils se fondent en communauté mais qui les force à l’isolement, à l’altérité, à ne pas appartenir à rien, à moins de « devenir normal »
Il ne s’agit même pas d’une métaphore, parce qu’ici, cette mise à l’écart sonne tellement, tellement vrai. Et les héros et héroïnes, nous les croisons tous les jours, même dans nos miroirs.
Une très belle surprise pour ma part.
Merci.

FdL : Sacrées Sorcières – Pénélope Bagieu

Couverture du livre "Sacrées Sorcières"
Sacrées Sorcières – Pénélope Bagieu

Titre : Sacrées Sorcières.
Autrice : Pénélope Bagieu sur un texte de Roald Dahl.
Année : 2020.
Editeur : Gallimard.

Les enfants sont répugnants!
Ils puent! Ils empestent!
Ils sentent le caca de chien!
Rien que d’y penser, j’ai envie de vomir!
Il faut les écrabouiller!
Les pulvériser!
Écoutez le plan que j’ai élaboré pour nettoyer l’Angleterre de toute cette vermine…

Attention! Les vraies sorcières sont habillées de façon ordinaire et ressemblent à n’importe qui. Mais elles ne sont pas ordinaires. Elles passent leur temps à dresser les plans les plus démoniaques et elles détestent les enfants. La Grandissime Sorcière compte bien les faire tous disparaître. Seuls un jeune garçon et son extravagante grand-mère semblent capables de l’en empêcher…

Mon avis.
Je ne connaissais pas le livre de Roald Dahl, même pas en souvenir (de l’auteur il ne me semble avoir lu que Charlie et la Chocolaterie) Je ne connaissais donc absolument pas l’histoire, je ne connaissais « que » le style de Pénélope Bagieu. J’ai été surprise (dans le bon sang) par les deux.
Par la cruauté de l’histoire et par le « glow-up » comme disait un de mes potes, de Pénélope. Les enfants et les souris sont d’un mignonnerie à toute épreuve, les vieilles dames sentent les crêpes et les biscuits cuillères (et le Porto), les sorcières sont un peu ridicules mais si méchantes. C’est juste parfait.
Lisez-le si ce n’est déjà fait, et offrez-le à vos nièces et neveux, vous leur ferez un merveilleux cadeaux avec cette bande-dessinées au format « pour les grands » mais avec une histoire « pour eux »